Fidélité dans l’abondance

Dieu est fidèle et on enseigne dans les églises à être fidèle en retour.
On y applique toutes sortes de recommandations sur la manière de rester fidèle. Chacune d’elles comme autant de garde-fous… contre l’infidélité.

D’ailleurs, comment évaluez-vous votre attachement à Dieu, votre fidélité à lui ?

Avez-vous remarqué comment nous identifions facilement notre fidélité par notre aptitude à ne pas lui être infidèle, avec tout un cortège de marqueurs évident. Nous le faisons tout aussi facilement à l’égard des autres, pour évaluer leur fidélité (ou son absence) à Dieu…

Alors, je ne remets pas en question la valeur de tous ces repères qui nous aident à entretenir notre fidélité à Dieu, mais au final, comment identifions-nous cette fidélité si précieuse et si centrale dans notre vie de disciple de Jésus-Christ?

La fidélité se base d’abord sur une relation.

Une relation se tisse autour d’un vécu et d’un parcours commun. Sur un attachement mutuel…
Avec Dieu, la fidélité se fonde d’abord sur un cocktail d’actes miraculeux de la part de Dieu, de prises de conscience de qui il est, à valider avec force reconnaissance, assaisonné d’une pincée d’actions d’éclat de notre part, de prise de conscience de qui ont est. Bref, une foule d’information à agencer intelligemment dans notre vie, de peur d’être… infidèle à ces moments d’éclat. Notre fidélité à Dieu finit par s’embourber dans une relation comptable, au point d’être parfois pressé de justifier notre fidélité!

Vivons-nous à distance de Dieu? Vivons-nous notre fidélité comme la crainte d’être infidèle, de perdre le fil dans notre condition de pécheur? Ou la vivons nous comme l’abondance d’une relation partagée?


Observons maintenant comment d’autres ont vécu cette relation…

Il en va de même pour la foi: si elle ne produit pas d’œuvres, elle est morte en elle-même. Mais quelqu’un dira: « Toi, tu as la foi, et moi, j’ai les œuvres. » Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi.
Tu crois qu’il y a un seul Dieu? Tu fais bien; les démons aussi le croient, et ils tremblent. Veux-tu reconnaître, homme sans intelligence, que la foi sans les œuvres est morte?
Notre ancêtre Abraham n’a-t-il pas été considéré comme juste sur la base de ses actes, lorsqu’il a offert son fils Isaac sur l’autel? Tu vois bien que sa foi agissait avec ses œuvres et que par les œuvres sa foi a été menée à la perfection. Ainsi s’est accompli ce que dit l’Ecriture: Abraham eut confiance en Dieu et cela lui fut compté comme justice. Et il a été appelé ami de Dieu.
Vous voyez donc que l’homme est déclaré juste sur la base de ses actes, et pas seulement de la foi.
Rahab la prostituée n’a-t-elle pas, de la même manière, été considérée comme juste sur la base de ses actes, lorsqu’elle a accueilli les messagers et les a fait partir par un autre chemin? En effet, de même que le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les œuvres est morte.Jacques 2.17-26

         … et pas des moindres, nous sommes ici à la source : Abraham.
Notez le lien sur lequel Jacques insiste : ses actions étaient motivées par sa confiance.

Nos actions pour Dieu sont elle motivées par notre confiance en lui ? Ou cherchent-elles à combler la distance qui nous effraie et nous sépare de lui ?

La fidélité à Dieu que nous recherchons dans nos choix de tous les jours est-elle motivée par la peur de l’infidélité ou par la confiance et la joie de participer à ce chemin qu’il partage avec nous?
Dit autrement, sommes-nous encouragés par sa présence dans notre vie au cœur de chacun de nos efforts ?

Abraham a été fidèle dans l’épisode avec Isaac, il a obéi…
Non pas parce qu’il avait peur de ce que Dieu ferait s’il n’obéissait pas, ni même pour un gain sordide, ou égoïste (bénédiction), mais parce qu’il avait confiance en Dieu, il le connaissait, il avait noué une relation avec lui. Et fondé sur cette confiance en lui il était prêt à aller plus loin avec lui. La confiance l’a poussé à agir.

À quoi correspond la fidélité dans notre chemin avec Dieu ? À un chemin arrêté ? Un chemin solitaire? Ou un chemin solidaire, un chemin partagé?
Sur quoi reposent les actions et les efforts que nous faisons dans notre vie avec Dieu? Sur la peur de lui déplaire? Ou sur la joie de partager quelque chose avec lui et de vouloir vivre concrètement cette relation qui nous lie ? Sur la confiance d’une communion?

Nous pensons ce texte de Jacques comme adressé aux paresseux, mais s’il s’adressait aussi aux hyper-actifs de la foi?

Nous dissocions facilement nos œuvres de notre foi. La foi ce n’est pas croire en Dieu (19), la foi c’est avoir confiance en Dieu, au point que chacune de nos actions se nourrisse de cette confiance.

Pourtant, cette confiance n’est pas toujours évidente. On commence à avoir peur pour notre foi, on la défend, parce qu’on oublie qu’elle est d’abord confiance. Elle devient un bien précieux et fragile alors qu’elle plutôt le moteur de ce qui nous relie à Dieu. On donne le change en délaissant ce rôle (clé) de la foi dans nos œuvres.
On commence par lui construire des murailles ; on la balise de toutes parts ; nos comportements deviennent des remparts pour la protéger … et notre foi devient une sorte de substance déconnectée de tous nos efforts de disciples : on devient religieux!

Définir la fidélité alors que notre relation est distante et fugace, c’est la fonder sur notre peur d’être infidèle, sur ce qui marque la distance (et le manque) plutôt que sur ce qui souligne la proximité (l’abondance) …
… et le cercle de la fidélité est vertueux : plus de fidélité accroît le lien et la relation, donc la proximité ; elle n’accroît pas la peur.
Par conséquent, la foi qui se vit dans l’action tend plus de cordes à l’arc de la fidélité, à cet attachement à Dieu.
D’ailleurs, saviez-vous que le terme fides qui est traduit par foi, signifie aussi … confiance … et fidélité ?

Les œuvres de la foi ne naissent pas d’un manque, mais d’une abondance de relation! 

Il nous reste donc à fonder et articuler (ou développer) notre fidélité sur ce qui nous lie à Lui … et pas sur ce que je juge m’en éloigner: l’amour, la confiance, sa force, plutôt que la faiblesse ou la peur.
Chacune de nos œuvres doit y puiser sa force. La foi n’est pas une sorte d’aptitude magique à garder pour les grandes occasions. Elle n’est pas une sorte de carte joker pour la transcendance. Jacques affirme qu’elle fonde les actions les plus simples. Alors ne la dissocions pas de notre quotidien, de toutes les entreprises de nos vies. Comme pour Abraham, le juste vivra par la foi!

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