Le pécheur, héros de Jésus

Luc 18.10-14
« Deux hommes montèrent au temple pour prier; l’un était un pharisien, l’autre un collecteur d’impôts.

Le pharisien, debout, faisait cette prière en lui-même: ‘O Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ou même comme ce collecteur d’impôts. Je jeûne deux fois par semaine et je donne la dîme de tous mes revenus.’

Le collecteur d’impôts, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: ‘O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur.’

Je vous le dis, lorsque ce dernier descendit chez lui, il était considéré comme juste, mais pas le pharisien. En effet, toute personne qui s’élève sera abaissée, et celle qui s’abaisse sera élevée. »

Dans cette histoire, c’est le pécheur qui est sous le feu des projecteurs. Si vous faites attention, c’est comme ça dans la plupart des paraboles de Jésus…

Le pécheur, héros des histoires de Jésus

Le pécheur n’est pas présenté comme le méchant, mais comme celui qui a toute l’attention de Jésus, toute son affection. Étrange, non ? Prenez le temps de goûter le truc…

On est assez loin de nos idéaux et de nos fascinations pour les super-héros.

Alors, comme on est bien élevé, on s’habitue à cette logique de Jésus… peut-être trop facilement!
Je ne sais pas pour vous, mais si je trouve cette attention de Jésus touchante dans l’histoire, elle parait beaucoup moins agréable dans ma vie. Comme si Dieu s’accommodait du désespoir, avec son cortège de frustration, de colères, de misère. Parce que derrière tout cela, il y a la mienne de misère. Si elle est recevable pour Dieu, pour moi elle l’est moins. Je me bats d’ailleurs chaque jour pour m’en protéger, pour garder la face… pas vous ?

A la limite, qu’il s’approche de moi tel que je suis, d’accord, mais qu’il change tout ça vite fait ! C’est bien pour ça qu’il est venu non ? Pour me rendre irréprochable ?…

à la recherche de l’homme parfait

Nous pensons avoir une certaine idée de celui que Dieu cherche en nous : quelqu’un d’irréprochable, ou au moins qui a quelques notions de ce qui doit l’être. C’est d’ailleurs notre objectif principal, qu’il nous trouve, d’accord, mais surtout qu’il nous rende irréprochable, infaillible.

Jésus, lui, se focalise plus sur notre état actuel que sur notre hypothétique amélioration. La préoccupation de Jésus est d’abord de retrouver celui qui est perdu. Relisons la parabole de la brebis égarée :

Tous les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. Mais les pharisiens et les spécialistes de la loi murmuraient, disant: « Cet homme accueille des pécheurs et mange avec eux. »

Alors il leur dit cette parabole:
« Si l’un de vous a 100 brebis et qu’il en perde une, ne laisse-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve? Lorsqu’il l’a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit: ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis qui était perdue.’
De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de changer d’attitude.Luc 15.1-7

Et il conclut :

Allez apprendre ce que signifie: Je désire la bonté, et non les sacrifices. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »Matthieu 9.13

Jésus n’est pas venu pour chercher ceux qui connaissent le chemin mais pour trouver ceux qui sont véritablement perdus. Alors que les regards se tournent naturellement vers celui qui est élevé, Jésus attire l’attention sur celui qui est abattu. Ce sont bien des pécheurs qui sont l’objet de toute son attention…


Ce n’est pas vraiment notre manière naturelle de voir les choses, non ? Et pour accepter son regard, nous devons accepter de le laisser transformer le nôtre.

Changement de regard
vers un ordre idéal

Mais il y a du boulot. Des siècles de formatage culturel ont fait de nous des psychotiques de l’irréprochabilité, des obsédés du paraître-bien. La pensée occidentale impose à l’humain une vision hautement morale et idéalisée où la transgression, le désordre ou la défaillance sont devenus le mal insoutenable, inacceptable, ultime. Ici, sachez-le, notre occident notoirement chrétien est d’abord surtout bel et bien enraciné dans la vision gréco-romaine, ce bouillon qui l’a vu naître.
Pour rappel historique, l’emblème de l’empire romain était l’ordre, et celui de la pensée grecque était l’idéal. De là, il n’y a eu qu’un pas pour faire du christianisme un simple chemin vers l’ordre idéal, un monde où tout est bien à sa place, irréprochable, sans faille.

Le pécheur, lui, n’y représente pas vraiment celui qui s’approche du divin. Au contraire, celui qui transgresse l’ordre est aux antipodes du divin, celui qui s’en éloigne, voire carrément son ennemi. L’idéal divin le fuit comme son ennemi juré…
Pourtant, ça ne correspond étonnamment pas avec les faits et gestes du Dieu de la Bible (ancien comme nouveau testament). Et l’évangile  de Jésus-Christ cadre encore moins avec cette mixture, aussi évidente qu’elle paraisse à nos regards occidentaux. Regardez, Jésus lui-même a été jugé pour toute une liste de transgressions aux yeux de l’ordre ou de l’idéal de ses accusateurs, les prêtres et l’empire romain. Et c’est justement en se confrontant à ce qui figeait le regard de ses accusateurs, que celui qui a été jugé est devenu le rédempteur du monde.


Choquant pour notre ego blessé

Le regard de Jésus attire notre attention sur ce qu’on cherche justement à enfouir : cette transgression insoutenable pour notre ego.

Dévoiler notre cœur malade

Jésus n’est pas venu pour débattre de nos critères d’irréprochabilité ni pour nous y conforter. Il est plutôt venu pour dévoiler ce que nous cachons derrière nos raisonnements, nos jugements, nos critères moraux : notre cœur malade, notre âme perdu, errante dans ce monde.

l’obsession de s’en sortir 

Christ n’est pas là pour glorifier notre égo, oh non avec lui, c’est fini ça ! Il est plutôt venu pour nous libérer des pièges dans lesquels il nous coince, pour nous délivrer de l’orgueil de toujours vouloir régler nos problèmes, et de notre obsession maladive à vouloir nous en sortir par nous-même.
Et nous en sortir de quoi d’ailleurs ? La question elle-même justement est malade. Elle est nourrie par le rejet qui ronge notre cœur et que tout ce qui est transgressif dans notre vie vient nous rappeler douloureusement. Accepter ses limites, ses échecs, son péché, c’est commencer à guérir de cette obsession destructrice.


Ce regard inattendu de Jésus sur le pécheur est un véritable électrochoc pour notre vie. Notre égo est bouleversé parce qu’il ne s’attendait pas à être bousculé dans sa petite tambouille par une telle irruption. Il ne sait pas quelle place lui donner.
En rentrant dans le monde, Jésus n’est pas venu pour nous donner un nouvel objectif, un nouvel idéal. C’est sa présence même l’objectif.
En rentrant, dans notre monde il a bousculé notre petit équilibre comme quelqu’un qui monte dans notre barque. Il est monté à bord pour montrer quelque chose de vraiment nouveau pour la mécanique de notre cœur malade : que Dieu a une place essentielle au cœur même de l’existence humaine. 

Changement de centre de gravité

Le but du Christ et de la croix n’est pas de nous débarrasser de nos transgressions mais de nous en décharger en tournant nos regards vers Dieu, en nous ramenant vers le Père. C’est bien ce qu’il n’a eu de cesse de rappeler…

En s’incarnant, Dieu ne remet pas en question les valeurs auxquelles nos cœurs sont sensibles, bien au contraire. Il les aime, certainement parce que c’est lui-même qui les y a placé. Mais il est très difficile pour nous  de nous détourner nos regards de ce qui contredit ces aspirations de notre cœur, d’admettre que quelqu’un nous conduit vers elle, que nous n’avançons pas seul !
C’est là que se situe l’écueil auquel les pharisiens et nous-même, encore, sommes confrontés. Ce bouleversement que Jésus est venu inaugurer. C’est un changement complet du centre de gravité de notre existence. Notre existence n’est plus centrée sur nous mais sur Dieu, sur ce qu’il est et fait en nous.
C’est ce que Dieu est venu proclamer en prenant pied dans notre monde.

Un révolution copernicienne !

Ne vous y trompez pas, c’est une véritable révolution copernicienne – lorsque la science a commencé à réaliser que peut-être ce n’était pas le soleil qui tourne autour de la terre mais l’inverse…
peut-être que, finalement, c’est lui le soleil de notre existence…
peut-être que tout ce que nous vivons ne tourne pas autour de nos raisonnements, de ce que nous sommes, de ce que nous en faisons ou pas, mais autour de ce que lui est et fait pour nous, en nous, au travers de nous, chaque jour!
Et ça, nos raisonnements ont un mal fou à l’intégrer, non ?

Alors, quand nous sommes si souvent aspirés dans la course de nos idéaux, de nos aspirations, de ce que nous jugeons juste et véritable, peut-être que nous passons à côté de la réalité, nous nous racontons des histoires un peu vaines.
Et quand finalement nous tombons dans l’impasse ou la transgression que nous redoutons tant, ou lorsque nous constatons les failles de notre existence, peut-être que nous sommes à un pas de réaliser que nous sommes comme ce publicain…


Qu’est-ce qu’un héros dans les yeux de Jésus ?
Pas celui qui se fait valoir par lui-même, mais celui qui a de la valeur aux yeux du maître.
Sommes-nous attirés par la foi chrétienne parce que nous courons pour assouvir notre besoin de valoriser notre vie ?
Si notre vie spirituelle se résume souvent à une course complexe et harassante, c’est peut-être parce que nous regardons dans la mauvaise direction, vers notre ego meurtri. Nous oublions de garder nos yeux fixés sur Christ, sur la croix, ce qu’elle éclaire dans notre vie, cette croix qui porte justement les stigmates de notre péché, de notre incapacité, qui nous apprend à les accepter. Il donne un tout autre éclairage sur notre vie de pécheur.

Apprenons à accepter le Christ dans notre vie, celui qui vient partager, porter même, nos meurtrissures, aujourd’hui.
Apprenons à être acceptés par lui.
Apprenons à accepter que notre vie n’est finalement pas seulement affaire de nos perspectives et nos attentes mais aussi d’être avec lui.
Découvrons comment « vivre » : bien mener sa barque, c’est d’abord de ne pas être seul.
Au lieu de nous permettre d’atteindre nos idéaux, le Salut, d’abord, nous apprend à être aimé, reçus acceptés tels que nous sommes aujourd’hui.

Tout cela, c’est, en tous cas, l’essentiel de ce que Paul aura retenu de l’évangile :

Cette parole est certaine et digne d’être acceptée sans réserve: Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver des pécheurs. Je suis moi-même le premier d’entre eux.1 Timothée 1. 15

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