L’église, communauté humaine et spirituelle

Aujourd’hui, on assiste au retour d’un fort esprit communautaire au travers des réseaux sociaux (internet, mouvements idéologiques divers…), des réseaux locaux ou de réseaux ethniques…
On assiste à un retour de bâton sur l’esprit individualiste et l’esprit de compétition qui régit notre société… comme si au fond de l’humain il existait un besoin viscéral de relations et de partage…

Le besoin de lien entre humains n’est pas nouveau. Il est inscrit dans les fondements même de la nature humaine. Et c’est Jésus lui-même qui en donne la clé à ses disciples :

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Jean13.34-35

L’interpellation de Jésus résonne juste, jusqu’à notre époque. Et, selon lui, tout commence dans nos églises. Avant toute considération théologique ou religieuse, c’est l’amour qui est le socle et le liant de la communauté des disciples. Tout ce que nous y partageons nous y ramènent constamment.
Ainsi, d’après ce texte, l’église est une communauté où chacun redécouvre la vie n’est pas guidée par les nécessités du quotidien, ni par nos acquis, mais bien par nos relations. Jésus met en lumière que tous nos efforts pour nous faire une place dans la communauté s’effacent devant les relations humaines.

La dimension humaine

Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. La crainte s’emparait de chacun et il se faisait beaucoup de prodiges et de signes miraculeux par l’intermédiaire des apôtres.
Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le produit entre tous, en fonction des besoins.
Chaque jour, avec persévérance, ils se retrouvaient d’un commun accord au temple; ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Eglise ceux qui étaient sauvés.Actes 2.42-47

On voit dans ce texte que, dès ses premiers instants, l’église a été une aventure humaine. C’est, en tous cas, son aura des premiers instants : celle d’un groupe qui vit un lien très fort et très particulier.

Les liens que les premiers chrétiens tissaient étaient forts et apportaient une véritable bouffée d’air relationnelle non seulement pour les membres du groupe (ils subvenaient aux besoins de chacun) mais aussi pour la société environnante (ils avaient la faveur de tout le peuple).
J’aimerais en faire ressortir trois dimensions de la vie communautaire essentielles pour l’humain :

  • La défense du groupe – la sécurité
    Il s’agit d’affirmer pour défendre ce que nous sommes, de nous démarquer pour ne pas disparaître… pour peut-être enfin exister.  La première communauté s’est naturellement resserrée autour de la nouvelle extraordinaire de la résurrection et du partage du pain. Aujourd’hui encore, l’affirmation commune de notre foi renforce le lien entre les individus, elle confère un sentiment de force. Quand tu fais partie du groupe, tu sais que quelqu’un veille sur toi. La confiance t’apporte la sécurité que tu ne trouves pas dans la jungle de notre société.
  • L’appartenance – l’identité
    Il s’agit de notre participation passive à une identité religieuse ou communautaire. Pour les premiers chrétiens, il s’agissait de simplement se retrouver ensemble dans des endroits clés. Aujourd’hui, nos activités, nos habitudes collectives nous permettent encore de nous situer, de nous retrouver, de voir qu’il existe bel et bien un lien qui nous permet de vivre ensemble. Elles sont autant d’occasions qui nous permettent de construire et de progresser dans nos relations.
  • Le lien social – l’entraide
    Il s’agit de notre participation active au travers des liens créés : l’autre n’est plus un étranger ou une menace, il est une personne confrontée à un quotidien très proche du mien. Ce texte souligne bien l’impact de la communion entre les premiers chrétiens (au sein du groupe comme avec l’extérieur). La communauté doit encore aujourd’hui redécouvrir que nous pouvons nous comprendre et nous entraider. Ce que nous sommes ou ce que nous possédons est un outil au service de nos échanges.

 


L’église est une communauté belle et bien a dimension humaine, mais pas que…

La dimension spirituelle

Après avoir souffert, [Jésus] se présenta à eux vivant et leur en donna de nombreuses preuves: pendant 40 jours, il se montra à eux et parla de ce qui concerne le royaume de Dieu.
Alors qu’il se trouvait en leur compagnie, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, « ce que je vous ai annoncé, leur dit-il, car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit. » Alors que les apôtres étaient réunis, ils lui demandèrent: « Seigneur, est-ce à ce moment-là que tu rétabliras le royaume pour Israël? »
Il leur répondit: « Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous recevrez une puissance lorsque le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. » Actes 1.1-8

La dimension spirituelle, c’est croire en Dieu ? … D’autres aussi s’en revendiquent ! On s’engage alors dans un débat sur celui qui en a la meilleure définition et on s’enferme vite dans une compétition (encore!) pour se rassurer qu’ on ne s’est pas trompé de crèmerie.

Est-ce que c’est ça la spiritualité? Une perception intellectuelle du divin?…

Soyons clair : croire en Dieu n’est pas ce qui caractérise l’église/corps du Christ (voir Jacques 2.19). Non, l’église a reçu une puissance, le Saint Esprit. Pour elle, ce qui est spirituelle découle de cette irruption. Ce qui est spirituelle est la manifestation concrète du message de la Bonne Nouvelle.
Si tu crois, il ne s’agit pas simplement de ton ressenti positif sur quelques paroles que tu entends le dimanche ; la dimension spirituelle concerne ce que l’Esprit accomplit ici dans ta participation à tous les niveaux de la vie communautaire.

Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous.Jean 14.16-17

La dimension spirituelle de l’esprit, c’est ça ! → la présence et la participation de l’Esprit Saint à une aventure humaine.
La dimension spirituelle se superpose à la dimension humaine, elle lui donne un relief original. Les points qui vont suivre parlent de la touche que l’Esprit Saint apporte aux 3 aspects développés plus haut.
Considérez que la dimension spirituelle incarne le Christ dans la dimension humaine, que ce qu’il a annoncé s’accomplit dans les aventures de notre assemblée.
La dimension spirituelle dans la communauté se retrouve dans ce qui…

  • Nous inspire
    Notre vie communautaire est un lieu pour discerner, un lieu pour témoigner, un lieu pour découvrir et affirmer (proclamer) ce que Dieu nous a révélé, la Bonne Nouvelle !
  • Nous guide
    Vers la fondation… le Christ ! Il est le pivot, la base, le point central de toute notre vie communautaire de chrétien.
    L’Esprit est la présence vivante de Dieu. Notre identité est dynamique. Etre guider c’est avancer, tracer un chemin et voir ce que nous avons déjà accompli… pour aller de l’avant !
  • Nous rend proches
    La dimension spirituelle c’est, enfin, l’Esprit Saint qui nous rassemble. C’est dans la dimension spirituelle que nous apprenons à souffrir ou nous réjouir ensemble.
    Nous apprenons à nous attacher les uns aux autres. 1Co. 12:12-13 …(Puis Paul décrit la diversité du corps)…v.25-27

 


Voici les deux dimensions de la vie de notre église locale. Elles sont indissociables : d’un côté la dimension humaine du corps du Christ, de l’autre sa dimension divine. C’est la réalité actuelle du corps du Christ. Non, ce n’est pas une abstraction théologique. C’est notre pain quotidien. Et au travers de ce quotidien, Dieu montre qu’il est impliqué dans le biterrois, le Dieu Créateur de l’Univers.

Sommes nous seulement conscient qu’au travers de nos préoccupations d’assemblée, nous participons à son action locale ? Ce n’est pas une pression, mais plutôt un encouragement :
Attachons-nous humblement et avec passion à l’avancement du royaume dans ces petites choses. Saisissons cette occasion de vivre autrement notre séjour dans la région, comme acteur du Royaume. N’ayons pas peur de le laisser modeler notre façon de voir notre communauté, le monde dans lequel il l’a placé.

Dieu est présent et il est à l’oeuvre. Notre église est une aventure humaine à laquelle l’Esprit Saint ajoute une surcouche spirituelle. Sommes-nous conscient de la spécificité de cette aventure ? Sommes nous attentif au chemin qu’il nous trace ? Où sont nos préoccupations sur la marche de notre église ?

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