Kénose

Philippiens 2.6-11
Lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver,  mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme,  il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix.

Dieu se vide. Dieu s’humilie.

Il se passe quelque chose d’incroyable dans l’histoire de Jésus Christ : Dieu souffre, Dieu se confronte à ce qui déchire le cœur humain, Dieu vit sans filet, il laisse de côté cette fameuse gloire céleste. Dieu se retrouve lui-même démuni comme ces personnes qui croisent notre route parfois, ou peut-être nous-même un jour.

Dieu est plongé dans cette détresse totale, dans l’abandon qui emprisonne l’humain.

Dieu se vide, comme l’humain qui s’épuise…

Ça change l’image de Dieu. Ça change l’image de l’humain.

Un acte de Dieu parle de la nature même de Dieu. Quel image avons-nous de Dieu ? En Christ, Dieu se révèle dans l’abaissement. Il bouscule l’idée de perfection que nous lui collons. Pour devenir humain, il ne vise pas un équilibre honorable qu’une personne raisonnable poursuit durant toute sa vie. Il vient se confronter à la souffrance la plus pesante, il ne l’évite pas, il s’enfonce en elle totalement.

La vision de l’humain que Jésus-Christ révèle ne s’arrête pas aux frontières de ce qu’on juge correcte ou acceptable. Et il emmène l’humanité avec lui, jusqu’au bout…


Un trait d’union entre l’humanité et Dieu
« le chemin vers Dieu ne va pas vers le haut mais vers le bas »
Celui qui s’élèvera sera abaissé et celui qui s’abaissera sera élevé.Matthieu 23.12

Emporté vers l’inconnu

Dieu ne nous prend pas pour des saumons… vous savez, ceux qui remonte le courant qui les emportent. Au contraire, il nous accompagne dans ce qui nous parait être, au moins au début, le pire, en tous cas ce qu’on veut fuir ou combattre dans notre vie : l’inconnu, ce qu’on ne maîtrise pas.

La croix suinte de vulnérabilité. Parce qu’elle pointe vers la faiblesse, ce qui est en bas dans l’existence humaine, tout ce que nous cherchons à fuir ou à combattre.

Un point de repère : la faiblesse

La faiblesse est inacceptable. Elle nous vide de tout ce que nous pensons tenir avec nos petits égo, tout ce que nous accumulons pour nous faire une place au soleil dans cette vie, ce petit monde dans lequel on s’emmure, les forteresses de nos raisonnements.

Il m’a dit: « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. » Aussi, je me montrerai bien plus volontiers fier de mes faiblesses afin que la puissance de Christ repose sur moi. 2 Corinthiens 12.9
En effet, les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas humaines, mais elles sont puissantes, grâce à Dieu, pour renverser des forteresses. Nous renversons les raisonnements et tout obstacle qui s’élève avec orgueil contre la connaissance de Dieu, et nous faisons toute pensée prisonnière pour qu’elle obéisse à Christ.2 Corinthiens 10.4-5

Etre faible c’est…

… apprendre à perdre son indépendance et découvrir l’interdépendance

…apprendre à recevoir chaque jour que Dieu fait, à me rendre attentif à sa voix dans le monde qui m’entoure

…apprendre à devenir participant d’un déroulement qui s’enracine dans l’intention même du Père.

Regardez encore à la croix : le Christ montre que la faiblesse n’est pas à fuir, elle n’entame pas sa communion avec le Père. Elle porte le germe de ce qui est vraiment nouveau, celui de la résurrection.

Alors… combattre ou fuir ?

La vie que la foi vient réveiller ne se résume plus à combattre ou fuir. Elle ouvre une troisième voie, forcément inattendue : tenir la tension créative, vous savez, cet aiguillon qui nous pousse à rester présent à notre réalité, à découvrir ce qu’elle dévoile, un monde derrière le miroir de nos jugements, de notre orgueil ou de nos peurs. Elle guérit progressivement notre vue, notre cœur, notre âme.

Un mode d’action : la foi

La foi que Jésus prêche c’est celle qu’il a lui-même vécu. Elle ne se résume pas à une adhésion intellectuelle à un Crédo ou à une théologie, ou encore à croire que certaines doctrines sont vraies ou orthodoxes.

La foi, c’est plus comment croire que quoi croire.

La foi c’est ce qui nous attire vers une ouverture, une brèche, que Dieu perce dans l’espace de notre cœur et de notre entendement, là même où on ne s’y attend souvent pas, là où il attend patiemment que nous le laissions nous rencontrer.
A la base, la foi c’est ni plus ni moins que ce point de contact ; mais ses effets et ses implications sur la tournure de notre vie peuvent être juste gigantesques !

Une telle brèche est inévitable pour te permettre d’apprendre à vivre avec Dieu et de briser la gangue de tes raisonnements, de tes certitudes et de tes jugements. Tu dois lâcher prise sur l’ancien, ce qui aura pour effet de te faire traverser des zones d’inconnu et de confusion afin de parvenir là où Dieu te conduit.

La foi ne peut pas se réduire à se focaliser sur ta croissance personnelle. Elle t’amène surtout à laisser glisser toutes ces fausses certitudes sur ta vie, celles qui sont vaines, plutôt qu’à courir après de nouvelles.
Elle te rend capable de recevoir ce que le monde t’offre, elle te rend humble devant la réalité.


Tout le processus qu’on vient de balayer, c’est la kénose, le « vidage », ou dépouillement,  que Dieu a opéré et révélé en Christ jusqu’à la mort sur la croix. La kénose est le cœur même de l’incarnation, celle de Dieu, mais forcément aussi, par projection, la nôtre. Et je vous l’affirme : cette kénose nous en dit beaucoup sur ce qu’est vraiment la nature même de l’humain, telle que Dieu la crée. Elle ouvre une voie pour l’humanité bien différente de celles que propose notre monde ; elle traverse la grille infranchissable tissée par nos tergiversations sans fin entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ; elle perce notre prison dualiste pour entrer véritablement dans la vie !

 

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