Histoire de famille

Lecture biblique : Romains 8.12-17
Ainsi donc, frères et sœurs, nous avons une dette, mais pas envers notre nature propre pour nous conformer à ses exigences.
Si vous vivez en vous conformant à votre nature propre, vous allez mourir, mais si par l’Esprit vous faites mourir les manières d’agir du corps, vous vivrez.
En effet, tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.
Et vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu  un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: «Abba! Père!»
L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui afin de prendre aussi part à sa gloire.
On dit souvent, et on a sans aucun doute raison, que l’Église est le lieu de la communion fraternelle.

Mais que met-on derrière cette expression ? La convivialité ? La solidarité ? L’amour les uns pour les autres ?

Sans doute… Et c’est en effet extrêmement important dans une Église !

Mais j’aimerais que nous nous demandions ce qui fonde cette communion fraternelle.

En d’autres termes, qu’est-ce qui fait de nous des frères et des sœurs ?

Qu’est-ce qui nous permet de comparer l’Église à une famille et qu’est-ce que cela implique ?

La réponse à ces questions tient en une phrase.

C’est l’Esprit de Dieu qui fait de nous des enfants de Dieu (V.14) :

 Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. 
Ce qui fait de nous des frères et des sœurs, ce n’est pas le fait d’être bien ensemble, ni même d’être membre d’une même Église, c’est notre relation à Dieu, par son Esprit.

Mais faire partie de la même famille spirituelle, qu’est-ce que cela implique ?

  1. Etre conduit par le même Esprit

     Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu !
    Il s’agit de partager le même guide, le même moteur. Être animé de la même vie. Être engagé  sur le même chemin spirituel.

    La métaphore de la marche est très présente dans le Nouveau Testament.

    Il suffit de se souvenir de l’appel de Jésus répété à ses disciples : « Viens et suis-moi ! ».A plusieurs reprises, nous trouvons l’exhortation de « marcher par l’Esprit ».

    Et parfois, plus que la marche, c’est l’image de la course qui est utilisée :

    Philippiens 3.13-16

     J’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. (…) Et si, sur un point, vous pensez autrement, Dieu vous éclairera aussi là-dessus.

    En tout cas, continuons la même route que nous avons suivie jusqu’à maintenant !

    Remarquez-le : l’important c’est de courir vers le but, mais c’est aussi de le faire ensemble, de continuer sur la même route.

    Être en communion fraternelle, c’est marcher sur le même chemin, à la suite du Christ.

    Pourtant certains considèrent la vie chrétienne comme une marche solitaire. La foi est alors une affaire privée, la vie chrétienne est personnelle, intime, cachée.

    Mais la perspective biblique est différente. Il s’agit non seulement de se mettre en marche chacun, mais de marcher ensemble !

    Ca ne veut pas dire que nous devions marcher au pas ! Tout le monde en rang, je ne veux voir qu’une seule tête… NON!

    Mais si on parle de communion fraternelle, on ne peut pas seulement se retrouver sur le même chemin … en s’ignorant…

    Prêtons attention les uns aux autres. Soyons prêts à soulager le fardeau de celui qui est fatigué, voire s’arrêter quelques instants avec celui qui en a besoin.

    Il y a quelques jours, nous avons organisé autour de Gruissan un pique-nique, suivi d’une balade. Nous étions une vingtaine.

    Après avoir partagé un repas convivial, nous avons décidé de partir à pied. Quelques-uns ne se sont pas senti de faire la promenade. Ils ont joué à la pétanque. Important la pétanque dans la communion fraternelle… Je suis très sérieux.

    Dans le groupe de marcheurs, il y avait des personnes que je connaissais, d’autres beaucoup moins, d’autres pas du tout.

    Puis, il y avait des niveaux différents de marcheurs…Alors, des groupes se sont formés : par niveau, par affinité.

    Les discutions allaient bon train, et chacun marchait à son rythme.

    Au bout d’un moment le groupe était très étalé. Chacun marchant à son rythme. Mais aussi, les plus vaillants encourageaient ceux qui avaient le plus de difficulté.

    Tout le monde a atteint le but de retrouver le point de départ, de passer un bon moment ensemble, bien qu’éparpillés.

    L’église, c’est un peu ça : des personnes qui viennent d’horizons différents : géographiquement, socialement, politiquement, …

    Des personnes avec qui j’ai des affinités, ou pas…

    Chacun avec sa personnalité, son identité, son rythme, …mais au total, nous faisons partie de la même famille.

    Mais c’est quoi faire partie de la même famille exactement ?

  2. Être adoptés par le même Père

    L’affirmation est on ne peut plus claire, pour revenir au texte que nous avons lu en introduction (v.16) :
     L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage : nous sommes enfants de Dieu.  
    Mais nous le sommes par adoption…

    Le seul fils « naturel » de Dieu, c’est Jésus-Christ.

    Nous sommes ses fils et ses filles adoptifs.C’est ce que nous pouvons déduire du statut de « cohéritiers » du Christ (v.17).

    Il y 15 jours, je vous ai parlé de testament de Mamé Berthe.

    Pour ceux d’entre vous qui étaient absents, vous pouvez lire ce testament de mon arrière arrière grand mère, rédigé à la veille de sa mort :

    Le testament de Mamé Berthe
    Ramel, le 29 mars 1942,
    Je refais aujourd’hui mes écrits ; au moment où vous lirez ces lignes, je serais certainement rentrée dans mon repos éternel.

    [J’attends] la venue de mon Sauveur, mais si c’est Sa volonté que je passe par la mort, il sera près de moi et me soutiendra par Sa main puissante.

    Soyez rassurés que je ne regretterai rien de cette terre, une seule chose m’inquiète : c’est que tous mes proches ; enfants, petits enfants, gendres, belles filles, n’ont pas été au pied de la Croix déposer leur fardeau de pêchés auprès de ce cher Sauveur qui leur dit « Venez, vous les biens aimés de mon Père ».

    Combien de fois vous a-t-il fait entendre Sa voix pleine de miséricorde vous inviter à venir au Trône de la Grâce, mais vous êtes restés sourds à Sa douce voie.

    Lui qui a quitté les Cieux Célestes, Lui le Saint, le Juste n’ayant pas connu de péché, mais qui a pris sur Lui tous nos péchés et nous a arraché de La main de Satan.

    Je vous supplie de ne plus écouter Satan. Il est menteur, meurtrier et jaloux ; venez plutôt à Celui qui vous tend les bras.

    Je n’ai aucun doute qu’il [vous aime tendrement et que vous n’attendrez] plus afin de nous retrouver en famille pour l’Eternité auprès de Celui qui nous a tant aimé, qui s’est livré Lui même à la mort la plus terrible.

    Il a supporté la [condamnation] de ces malheureuses créatures qu’Il avait tant aimé, mais, quelle Promesse Solennelle, Il est Ressuscité et nous dit « Je monte vers Mon Père et votre Père ; Je vais vous préparer la place afin que là où Je suis, vous y soyez aussi et semblable à Lui ».

    N’y a-t-il rien de plus beau, après une vie de labeur, avoir une telle espérance,

    Puis je vous dire AU REVOIR à tous.

    Votre mère qui vous a tant aimé

    Berthe FAURIE
    Arrière Arrière Grand Mère de Thierry B

    Adoptés par le même Père, nous faisons partie de la même famille. La famille de Dieu.

    Et cela change notre relation à Dieu. Au verset 15 : 

    L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. 
    « Abba ! Père ! » est un cri personnel, intime.

    L’araméen « Abba » implique une relation personnelle.

    Dieu n’est pas simplement « Père » dans un sens général de Créateur, il est « mon Père », celui qui m’a sauvé. Celui qui m’a adopté parce qu’il m’aime.

    L’apôtre Paul insiste ici sur la différence entre esclave et enfant adopté.

    Deux façons d’appartenir à Dieu, mais deux façons différentes d’être en relation avec lui.

    Même si la notion de serviteur de Dieu est aussi présente dans la Nouveau Testament, Paul insiste ici sur le statut d’enfant de Dieu.

    Si nous sommes tous serviteurs de Dieu, et rien de plus, alors nous sommes des compagnons de service. Mais rien de plus…

    On pourrait presque dire des collègues de bureau !

    Mais si nous sommes tous enfants de Dieu, alors nous sommes frères et sœurs.

    Notre relation à Dieu est basée sur l’amour, dans le respect. Notre relation les uns aux autres en est changée.

    Je ne choisis pas mes frères et mes sœurs, mais eux comme moi avons été choisis par Dieu. Et d’une certaine façon, eux comme moi avons choisi Dieu comme Père.

    Notre relation personnelle avec Dieu détermine notre relation avec nos frères et sœurs. Et si nous voulons développer notre communion fraternelle, nous devons développer ensemble notre communion avec notre Père…

  3. Partager le même héritage par le Fils

    Littéralement, le texte dit simplement que nous sommes héritiers de Dieu.Simplement…Ce n’est quand même pas rien !

    Mais l’apôtre précise que nous sommes cohéritiers du Christ.

    C’est par lui que nous recevons cet héritage.

    La communion fraternelle, c’est partager le même héritage par le Fils.

    Notre nom est inscrit sur le testament de Dieu, sur le livre de vie. Nous sommes cohéritiers du Christ.

    Mais le Christ n’appartient à aucun chrétien et à aucune Église !

    Car on sait les problèmes que les questions d’héritage posent souvent dans les familles. Où chacun veut avoir la meilleure part du gâteaux, où on conteste telle ou telle clause du testament, etc…

    Et j’ai peur qu’il en soit aussi ainsi parfois dans les Églises. Au moins entre les Églises, parfois même à l’intérieur des Églises !

    Pourtant, partager l’héritage de Dieu, ce n’est pas le diviser mais le multiplier.

    “L’infini se partage à l’infini sans jamais se réduire !”

    Or, notre héritage, c’est la vie éternelle.

    Nous partageons une même foi, une même espérance et un même amour.

    Mais on n’est propriétaire de rien du tout…

    Méfions-nous des Églises qui s’estiment propriétaires du Christ, détentrices de la vérité, seules fidèles à la vraie foi.

    Bref, seules héritières de Dieu !

    En voulant s’accaparer l’héritage de Dieu, on s’appauvrit. En le partageant, on s’enrichit.

    Peut-on rêver d’une Église où la communion fraternelle serait centrale sans qu’il y ait une communion fraternelle avec d’autres Églises ?

    Une communion fraternelle sectaire est-elle encore une communion fraternelle ?

    Nos frères et sœurs en Christ ne sont pas que dans notre Église.

    L’héritage de Dieu se partage avec tous ceux qui lui appartiennent.

    Conclusion

Mettre la communion fraternelle parmi les priorités dans l’Église, c’est bien.

Mais ce n’est pas simplement espérer plus de convivialité, de joie d’être ensemble ou espérer qu’on s’occupera mieux de nous…

C’est vouloir vivre vraiment la réalité de la famille de Dieu, chacun pour sa part.

Cheminer ensemble par l’Esprit, et pas seulement les uns à côté des autres.

Être adoptés par le même Père, et pas seulement être collègues dans le même « bureau spirituel ».

Partager le même héritage par le Fils, et pas vouloir se l’accaparer.

Alors notre vie d’Eglise sera vraiment une histoire de famille.

La famille de Dieu.

D’après un texte de Vincent Mieville
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