Ensemble

Regardez autour de vous ! Qu’est-ce qu’on fait tous ici ?

Il y a des ouvriers, des cadres d’entreprise, des enseignants, des artistes… Il y a ceux qui n’écoutent que du hard metal et ceux qui pensent que c’est une musique limite satanique, les fans de du club de Béziers, de celui de Narbonne, et ce ne sont nécessairement pas les mêmes, d’autres qui détestent le rugby, ceux qui ne ratent pas un épisode de « Plus belle la vie» et ceux qui n’ont même pas la télé à la maison, ceux qui aime l’art, la peinture et les expositions et ceux qui n’auraient même pas l’idée de passer la porte d’un musée…

Combien de nationalités représentées ? Combien de cultures, d’éducations, d’arrière-plans religieux différents ?
Et je ne parle même pas des opinions politiques, y compris de ceux qui n’en ont rien à faire de la politique !
Quel mélange disparate ! Je me demande ce que vous faites tous ici !
Et pourtant nous sommes bien là. Et parce qu’on partage la même foi, on essaye de vivre ensemble. C’est ça le défi de l’Eglise…
Dès le début de l’histoire de l’Eglise, ce défi a dû être relevé. Comment faire vivre ensemble, dans l’Eglise, les chrétiens d’origine juive et ceux d’origine païenne ? Avec leurs cultures, leurs traditions, leurs modes de pensée si différents… Et le débat s’est longtemps cristallisé sur la question de la circoncision.

Quelques hommes venus de Judée enseignaient les frères en disant: « Si vous n’êtes pas circoncis selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Paul et Barnabas eurent un vif débat et une vive discussion avec eux. Les frères décidèrent alors que Paul, Barnabas et quelques-uns d’entre eux monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour traiter cette question. Actes 15.1-2
A leur arrivée à Jérusalem un grand débat s’est instauré. Les différents partis ont exposé leur position : des pharisiens convertis, Pierre, Paul et Barnabas, Jacques, et bien d’autres encore sans doute!
Enfin, une décision fut prise…

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à toute l’Eglise, de choisir parmi eux Jude, appelé Barsabas, et Silas, des hommes estimés parmi les frères, et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas. Ils les chargèrent du message que voici: « Les apôtres, les anciens et les frères aux frères et sœurs d’origine non juive qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut! Nous avons appris que des hommes partis de chez nous, mais sans aucun ordre de notre part, vous ont troublés par leurs discours et vous ont ébranlés en vous disant de vous faire circoncire et de respecter la loi. C’est pourquoi nous avons décidé, d’un commun accord, de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul, ces hommes qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Jude et Silas qui vous annonceront de vive voix les mêmes choses. En effet, il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne pas vous imposer d’autre charge que ce qui est nécessaire : vous abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de l’immoralité sexuelle. Vous agirez bien en évitant tout cela. Adieu. » Actes 15.22-29
Discerner ensemble

“Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous-mêmes…».
La formule souligne une compréhension particulière du discernement de la volonté de Dieu, qui passe par la concertation et l’écoute communautaire. Mais comment ont-ils procédé ? Ils ont fait une réunion de prière et ont attendu que la solution tombe du ciel ?
Non… Ils se sont réunis. Ils ont discuté.
Chacun donnait son point de vue et défendait sa position : Paul, des Pharisiens convertis, Pierre, Jacques… Ça a dû chauffer !
Et de la discussion, de l’écoute mutuelle, est sortie une décision… qui a été attribuée autant aux personnes réunies qu’au Saint-Esprit !

L’Eglise est l’œuvre de l’Esprit Saint… mais à travers des hommes et des femmes !

C’est ensemble qu’on entend la voix de l’Esprit ! Ne faisons pas de l’écoute de la voix de l’Esprit qu’une affaire personnelle, individuelle. En réalité, nous pourrions bien sur ce point être en train de subir l’influence de notre époque individualiste ! Il nous faut retrouver cette dimension communautaire du discernement, y compris dans les décisions personnelles.
Ne cherchons pas la volonté de Dieu seuls dans notre coin, même en prière et une Bible à la main… Demandons conseil, prions avec d’autres, partageons et discutons. Ensemble, on entend mieux la voix de l’Esprit !

Vivre ensemble

La décision telle qu’exprimée dans la lettre d’Actes 15 a pour but de permettre aux chrétiens d’origine païenne et ceux d’origine juive de continuer à vivre ensemble dans l’Eglise. La principale pierre d’achoppement, je l’ai dit plus tôt, tournait autour de la question de la circoncision : Fallait-il contraindre les païens à se faire circoncire?
Dans la lettre, la réponse est claire : la circoncision n’est pas exigée pour les chrétiens d’origine païenne, elle n’est pas une condition pour être sauvé. Mais elle n’est pas pour autant abolie pour les chrétiens d’origine juive.

Il reste finalement quelques recommandations, présentées comme ce qui est «indispensable ». Il y a débat sur ce point mais je ne pense pas qu’il s’agisse ici d’interdits absolus, valables tels quels pour tous les temps. Ces recommandations sont liées au contexte de l’époque.
Dans ce contexte, elles étaient « indispensables ». Il y avait le respect de certaines règles alimentaires, essentiellement liées à la question des viandes sacrifiées aux idoles. Sujet particulièrement sensible dans le contexte romain polythéiste. Mais pas de mention des animaux purs et impurs selon la Loi de Moïse…
Il y avait aussi le rejet de l’inconduite sexuelle. C’est une exigence éthique. Ce sujet-là étant particulièrement sensible dans le contexte de la culture romaine !

Concrètement, ça veut dire que dans l’Eglise, plusieurs pratiques allaient cohabiter. Il y aura des gens qui se feront circoncire parce qu’ils sont Juifs et d’autres non parce qu’ils sont païens.
Certains mangeront du porc (les romains en mangeaient !) d’autres non. Et tout cela sans remettre en cause l’unité de l’Eglise.

Parce que l’unité n’est pas l’uniformité !

Ne recherchons pas plus l’uniformité aujourd’hui !
La force de l’Eglise est dans sa diversité. C’est la seule condition pour que chacun puisse y trouver sa place, pour que l’autre puisse nous enrichir…

Quelle est ma capacité à accepter la différence ? Jusqu’où suis-je prêts à aller sans juger mon frère qui prie différemment de moi, qui ne place pas les mêmes limites que moi dans sa vie, qui s’autorise ce que je m’interdis et s’interdit ce que je m’autorise… ?

Construire ensemble

Bref, non seulement pour vivre ensemble mais pour construire ensemble une Eglise solide et vivante, il faut arriver à instaurer un cadre souple sur un fondement ferme. Un cadre sera sans cesse à réévaluer et à adapter. L’équilibre d’une Eglise est toujours instable.
Mais un fondement qui restera inamovible : Jésus-Christ.

Tout cela implique une nécessaire hiérarchisation de la vérité, une capacité à discerner où est l’essentiel sur lequel ne pas transiger et où est le secondaire. La capacité à hiérarchiser les valeurs est une marque de maturité spirituelle. Tout mettre sur le même plan, c’est peut-être sécurisant pour soi, mais c’est faux. C’est une attitude légaliste, culpabilisante et avilissante. De plus, elle conduit au jugement de l’autre et même, à son rejet.
La capacité à discerner où est l’essentiel est aussi une marque de maturité spirituelle. Tout mettre sur le même plan, c’est avouer qu’on n’est pas au clair sur l’essentiel.

Quel est selon vous l’essentiel de l’Évangile ? Le socle inamovible sans lequel tout s’écroule. Les affirmations de foi sur lesquelles on ne transige pas, où aucun compromis n’est possible ? Sans doute celles qui tournent autour de Jésus-Christ, sa mort et sa résurrection, et le salut reçu par la foi seule.

Cette fermeté sur l’essentiel et cette souplesse d’un cadre permettant de vivre ensemble est indispensable à une vie d’Eglise.

Parce que sans fermeté sur l’essentiel, ce n’est plus une Eglise mais une simple association cultuelle administrative.
Et sans souplesse dans le cadre, ce n’est plus une Eglise mais une
secte où on n’admet aucune marge de manœuvre possible.

Conclusion

Regardez autour de vous ! Considérez l’Eglise que nous formons ce matin, dans toute sa diversité. Et souvenez-vous que cette diversité est notre richesse ! Nous partageons la même foi en
Jésus-Christ, sauveur et Seigneur. Mais la manière concrète dont nous vivons, chacun, cette foi, revêt une grande diversité !

Si nous voulons poursuivre ensemble, discerner ensemble la volonté de Dieu, vivre ensemble et construire ensemble une Eglise qui glorifie le Seigneur, il faut que nous entrions dans cette diversité. En renonçant au jugement et au légalisme. En n’espérant pas que les autres deviennent comme nous ou que nous devenions comme les autres. En étant simplement corps du Christ, unis mais pas uniformes, solidaires et complémentaires, pour la gloire de celui qui est la tête du corps : Jésus-Christ !

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