Aimez vos ennemis

Luc 6.20-28
Alors Jésus leva les yeux sur ses disciples et dit:

« Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous!
Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés!
Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez!
Heureux serez-vous lorsque les hommes vous détesteront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et vous rejetteront comme des êtres infâmes à cause du Fils de l’homme!
Réjouissez-vous, ce jour-là, et sautez de joie, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. En effet, c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prophètes.

Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation!
Malheur à vous qui êtes comblés maintenant, car vous aurez faim! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes!
Malheur lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c’est de la même manière que leurs ancêtres traitaient les prétendus prophètes!

Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.

Un texte qui semble taillé sur mesure pour l’église persécutée. Ce que ces églises vivent ne semble donc pas une anomalie aux yeux de Jésus. En fait, ce texte est tiré du sermon sur la montagne. Il s’agit carrément d’un enseignement central de Jésus-Christ. Un point crucial et inévitable pour celui qui souhaite s’attacher à lui.

Quand vulnérabilité devient faiblesse

Les églises dont Joseph  a parlé [NDLR: cette prédication s’insère dans un culte sur l’église persécuté, en collaboration avec Portes Ouvertes] font face à des ennemis bien concrets, qui portent des matraques ou pire des fusils. Ils traquent les chrétiens comme du gibier. La foi de ces chrétiens fait d’eux des cibles. Elle les expose, elle les rend vulnérables. C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnait un ennemi : c’est celui qui vous fait ressentir votre vulnérabilité comme une faiblesse.

Jésus appelle pourtant à tenir ferme face à cette adversité. Il parle même de bonheur et de joie pour celui qui . D’où viennent ce bonheur et cette joie ? De la réponse qu’on donne à cette adversité : « aimez vos ennemis », « faites-leur du bien », « bénissez-les, « priez pour eux » !

“Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse”
(2 Corinthiens 12.9)

Et le résultat est souvent impressionnant chez ces chrétiens persécutés. On serait tenter de les penser dans une plus grande faiblesse que nous face à de tels ennemis, pourtant dans les églises persécutées la ferveur et l’engagement sont souvent remarquables, et, croyez-moi, il en faut pour continuer à se réunir. De façon très surprenante, la joie est souvent particulièrement bouillonnante. Les “Heureux” et “Réjouissez-vous” annoncés par Jésus ne sont pas des ordre mais le constat  de leur situation réelle. Comme si d’être confronté directement à cet enseignement de Jésus les rapprochaient de sa vie, de son œuvre, de son royaume.

Et pour nous ? Le problème c’est que la barre semble tellement haute qu’on se laisse absorber par d’autres « priorités » de la vie du chrétien. Aime tes ennemis c’est beau sur le papier. Mais dans le concret, soyons honnête c’est juste pas possible…

Lorsque nous entendons ces témoignages d’églises persécutés, ne passons pas à côté de la passion de l’évangile qu’elle incarne. Notre foi s’ankylose, notre témoignage perd de sa puissance… nous sommes ces riches!
Ecoutez plutôt ce chant. Il n’a pas été écrit par des chrétiens (il me semble). Mais je crois qu’il cerne bien notre situation.

La Peste
L’autre devient gênant.

La peste est revenue chez nous… on se barricade, on fuit son prochain, peut-être même que l’enfer doit être bien si loin de tous ce gens. Mais quelle est donc cette Peste qui sévit parmi nous ? Cette Peste c’est le péché qui nous ronge tous. C’est lui qui rend l’autre si désagréable à nos yeux. Son péché irrite lorsqu’il se frotte au nôtre.

Jésus est bien conscient de la situation. Et il ne la prend pas à la légère. D’après le texte qu’on vient de lire, il semble que ce problème, cette peste, soit l’enjeu majeur du royaume qu’il prêche. Il analyse, il met au jour ce qui permettra à l’humain d’entrer pleinement dans ce qu’il est venu inaugurer. Il nous offre la description très claire de situations auxquelles nous sommes tous confrontés.

La consultation du médecin

Et on prend en pleine figure. Derrière ces « heureux », rien de très enthousiasmant. Le péché nous rend ces situations détestables.
Et ce « aime tes ennemis », pour conclure… que dire ?… C’est un peu comme un désinfectant qu’on verse directement sur une plaie ouverte.

Je vous propose d’en remettre une rasade… chez Matthieu cette fois, le fameux sermon sur la montagne :

Matthieu 5.38-48
Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil et dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta chemise, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un kilomètre, fais-en deux avec lui.
Donne à celui qui t’adresse une demande et ne te détourne pas de celui qui veut te faire un emprunt.

Vous avez appris qu’il a été dit: ‘Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi.’  Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous détestent et priez pour ceux qui vous maltraitent et| qui vous persécutent, afin d’être les fils de votre Père céleste. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les collecteurs d’impôts n’agissent-ils pas de même?
Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les membres des autres peuples n’agissent-ils pas de même?
Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait.

C’est bien une peste, comme dans la chanson, qui fait des ravages dans notre monde : les autres, ceux qui ne pensent pas comme nous, qui ne sont pas comme nous, dérangent au point de devenir ennemis. C’est plus facile avec ceux qu’on connaît… (et encore!)

Comment vivons-nous cette peste sociale, cette peste relationnelle ? Est-ce qu’on la sent encore ? Est-ce qu’on cache (de honte?) les premiers symptômes ?

On aime, mais pas n’importe qui ou n’importe comment!

Jésus, en bon médecin, met en lumière nos raccourcis faciles: « aime ton prochain comme toi-même » amène trop facilement à faire un tri.

Mais Jésus propose une prescription pour cette peste…

La prescription

Jésus a ajouté « aime tes ennemis » à « aime ton prochain comme toi-même », comme pour nous engager plus loin.

Par définition, les ennemis c’est justement ce qu’on n’aime pas…

Et ce n’est pas « tolère tes ennemis » ou « essaie de coexister avec eux ». C’est juste « aime tes ennemis » !…

Jésus est lucide, ce qu’il souhaite c’est transformer efficacement nos cœurs, les délivrer de la gangue du péché, celui-là même qui nous empêche de nous réconcilier. Et toute notre vie s’enlise dans cette gangue…

Ce n’est pas un plan B pour Jésus. C’est l’enjeu même du jugement dont il est venu délivrer. Lisons Matthieu 25.31-46

Matthieu 25.31-46
Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous les saints anges, il s’assiéra sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs; il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche.

Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: ‘Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde! En effet, j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger et vous m’avez accueilli; j’étais nu et vous m’avez habillé; j’étais malade et vous m’avez rendu visite; j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.’
Les justes lui répondront: ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé et t’avons-nous donné à manger, ou assoiffé et t’avons-nous donné à boire?
Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli, ou nu et t’avons-nous habillé? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous allés vers toi?’ Et le roi leur répondra: ‘Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’

Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: ‘Eloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges! En effet, j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli; j’étais nu et vous ne m’avez pas habillé; j’étais malade et en prison et vous ne m’avez pas rendu visite.’
Ils répondront aussi: ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé, ou assoiffé, ou étranger, ou nu, ou malade ou en prison et ne t’avons-nous pas servi?’ Et il leur répondra: ‘Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait cela à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’
Et ils iront à la peine éternelle, tandis que les justes iront à la vie éternelle. »

Ces ennemis, il s’agit justement de ceux qu’on avait oublié d’aimer, qu’on ne sait plus comment aimer.

Et ça commence d’abord par ouvrir nos yeux alors que la peste nous aveugle sur le mal de notre cœur. Ces autres, sortis de nulle part, ceux que la Peste avait jeté loin de nous et qui reviennent vers nous comme une déferlante salutaire, ceux que Dieu utilise pour me faire grandir.


Pour conclure, je vous dis simplement que l’évangile est le même pour tous. Si les églises persécutées sont spirituellement vivantes c’est qu’elles sont amenées, malgré elles, à consacrer une attention et une énergie très conséquentes au cœur de l’évangile que Jésus-Christ est venu proclamer. Elles osent la réconciliation de Dieu qui libère vraiment. C’est la Bonne Nouvelle pour eux, c’est la Bonne Nouvelle pour nous aussi!

Aimer son prochain comme soi-même peut rester un beau programme suintant de bons sentiments, une bonne idée pour éviter d’aimer de près. Mais Jésus rend cette idée difficile à appliquer alors que nous n’avons justement plus confiance en notre prochain qui est près, quand il est devant notre porte ou dans le quartier d’à côté. Cette peur en a même fait un ennemi potentiel …

Jésus est venu libérer les captifs. Notre cœur est captif, prisonnier de ses certitudes et de ses peurs.

La chanson disait : Aime ton prochain comme toi-même, mais aime-le de loin… Pour Jésus, c’est tout le contraire : aime ton prochain comme toi-même, ne le voit plus comme un ennemi potentiel. Amène-le près de toi, qu’il mange à  ta table, couvre-le s’il a froid, honore-le s’il est humilié. Il déclare même que c’est lui en personne qui se présente et vient frapper à la porte de notre cœur de cette manière !

Nous qui aspirons au retour de Jésus, soyons sensibles à ces paroles de Matthieu 25. Il entre dans notre vie là où on ne l’attend vraiment pas, comme un voleur.
L’appel de Jésus des passage que nous avons lu va manifester une vraie puissance et une guérison dans notre vie. Il va véritablement nous convertir.
Là où nous avons du mal à maîtriser ou comprendre le message de Jésus, apprenons à nous laisser conquérir par lui! Et voyons où il nous mène avec tout ça…

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