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Noël des bouleversements

La période de Noël est pour les croyants une période de tension et de sentiments contradictoires qui se bousculent en nous. Certes, on sait se débarrasser (du moins je l’espère) de toute la dimension commerciale ou féerique, du père Noël avec son renne au nez rouge jusqu’aux décorations kitsch des grandes surfaces.

Malgré tout, il reste l’impression d’être encore loin du sens profond de ce récit de Noël. Pourquoi ?

Je crois que le problème c’est plutôt l’ambiance, cette ambiance de Noël dont nous rêvons tous ces jours-là. Plus précisément : c’est de mettre ensemble l’ambiance de Noël telle que nous l’imaginons et souhaitons, et l’événement historique de Noël. Car l’une n’a pas forcément de rapport avec l’autre.

Nous aurions besoin de faire le tri, besoin de déballer Noël comme on déballe un cadeau.

N’est-ce pas une ambiance “idyllique” que nous cherchons sincèrement avant tout pour nos fêtes de Noël.

A l’extérieur, nous aimerions profiter de la beauté fabuleuse des champs et des forêts enneigés.

A l’intérieur, nous rêvons de lumière, celle d’un beau sapin, de beaucoup de bougies, de chants de Noël, mais aussi la lumière qui brille dans les yeux des enfants quand ils découvrent exactement le cadeau qu’ils avaient souhaité.

Et par-dessus tout, nous souhaitons l’harmonie, la paix, la bienveillance, l’amour.

A Noël, nous supportons moins encore qu’à d’autres moments que la terre aille mal.

A Noël, nous voudrions que tout le monde s’aime et vive en paix…

C’est un beau désir contre lequel il n’y a rien à dire.

Et donc le problème c’est que nous avons de la peine à le réaliser, même à notre niveau plus que modeste : le petit boude, parce qu’il a reçu des legos au lieu de la play-station, papy se mêle de l’éducation, maman fait une crise de nerfs parce que la dinde est brûlée, et papa ne sort pas de derrière son ordinateur…

Du coup c’est difficile de pratiquer la paix et l’harmonie, si pendant le reste de l’année, et surtout pendant les semaines de l’Avent, on n’arrête pas de stresser et de s’énerver.

C’est difficile d’être reconnaissants quand on a l’habitude de pouvoir tout acheter sans grand effort.

C’est difficile d’aimer quand, pendant le reste de l’année, on ne sait pas très bien ce que cela veut dire.

Nous voudrions tellement que ce soit beau… comme une carte postale.

D’autant plus grande est la frustration quand nous n’y arrivons pas. Nous ne pouvons pas mettre comme ça une couche de Noël sur nos vieilles habitudes.

Ce qui peut nous consoler, c’est que l’histoire biblique de Noël est tout sauf idyllique.

Certes, on a essayé d’y mettre aussi une petite couche de paisible harmonie. Quoi de plus émouvant que le bonheur d’une jeune maman devant son nouveau-né ?

Quoi de plus beau qu’une étoile, ou la musique des armées célestes ? Quoi de plus paisible que le métier de berger, en harmonie avec la nature ? Quoi de plus idyllique que la scène de la crèche ?

Dans nos émotions de Noël, il y a peu, voire pas de place pour une Marie épuisée, un Jésus nouveau-né qui ne cesse pas de crier, ou des bergers sales qui puent le mouton, dans une étable à l’odeur non moins redoutable!

Pourtant, n’oublions pas :

  • avant le repos (de peu de confort !) dans une étable, il y a la fatigue d’un long voyage.
  • Avant l’adoration, il y a l’exclusion de ceux à qui on ferme la porte de l’auberge.
  • Avant le bonheur d’être mère, il y a la douleur de l’accouchement.
  • Et avant la joie annoncée par les anges, il y a la crainte, la terreur des bergers.

L’histoire de Noël est tout sauf idyllique et harmonieuse: elle est au contraire un bouleversement total.

Dans l’idyllique, il n’y a pas de place pour le bouleversement. L’idyllique exprime notre désir que tout reste comme avant. Seulement un peu plus beau. Avec une petite couche de Noël.

D’où vient notre besoin de revenir sans cesse à cette mise en scène que l’on veut figée comme une image d’Epinal, de mettre toujours cette couche douceâtre ?

D’une part, c’est un désir profondément humain et légitime : le désir de beauté, d’harmonie et de paix. Et il n’est pas interdit de faire un effort pour que Noël soit le plus beau, harmonieux et paisible possible. Les anges ne disent-ils pas : «paix sur la terre» ? Cet enfant n’est-il pas appelé le «prince de la paix» ? Ne nous promet-on pas que le loup habitera avec l’agneau ? Quelle image idyllique !

Mais nous aimerions avoir cette beauté, cette harmonie et cette paix sans changement.

Parce qu’un changement fait peur. Il pourrait nous obliger à quitter notre foyer confortable et bien chauffé pour sortir dans la nuit noire, froide, mystérieuse, effrayante. Où la lumière des étoiles nous fait frissonner. Où la voix de l’ange ébranle nos convictions les plus profondes.

Bien sûr, il y a la joie. La «grande joie pour tout le peuple».

Mais cette joie n’arrive qu’après le bouleversement.

(je citerai plusieurs fois des commentaires de la revue “lire et dire”)

 1er bouleversement (Zacharie) :  Lecture : Luc 1 : 5-14, 18-20,24-25

l’importance du personnage et sa sainteté sont immédiatement mises en évidence par l’évangéliste.

Un bon prêtre, qui forme avec sa femme un couple modèle, irréprochable : «Tous deux étaient justes devant Dieu.»

Zacharie est désigné pour, suprême honneur, «offrir l’encens à l’intérieur du sanctuaire du Seigneur», un acte essentiel de la vie religieuse d’Israël.

Et c’est à ce moment précis que l’ange intervient. Il choisit donc l’homme le plus qualifié et le lieu le plus saint pour apparaître.

Il ne lui est pas apparu pendant qu’il faisait sa toilette du matin, mais dans le temple, pendant qu’il célébrait l’office divin.

L’ange a ainsi choisi l’homme et l’endroit par excellence où il aurait dû être reçu : au coeur du temple, dans le coeur d’un homme de Dieu. Là où il est prévu que Dieu parle. D’ailleurs il y a bientôt 400 ans que ce canal de 

communication n’a pas été utilisé par Dieu. Chaque sacrificateur doit se de demander : est pour cette année, est-ce à mi que Dieu va enfin parler ?

Et là, quel flash, Dieu le fait, il parle à Zacharie.

L’ange délivre son message, mais Zacharie tergiverse : il s’estime trop vieux.

Et l’ange de dire qu’il n’a pas «cru en ses paroles».

Oh non, Dieu utilise enfin le canal de communication pour parler aux hommes, et celui-ci est bouché ! Un vieillard bouché, aux oreilles bouchées, sourd même… à quoi ?… à la réponse à ses prières.

La conclusion lapidaire de l’ange tranche avec le portrait que Luc dresse de Zacharie : l’homme «juste et pieux qui observe tous les commandements» n’est, en vérité, plus à l’écoute de la Parole vive.

Zacharie priait Dieu, oh il ne priait plus depuis longtemps pour avoir un enfant, non, il priait pour que Dieu envoie enfin son Messie, son libérateur, et son précurseur le nouvel Elie, il priait pour que s’accomplisse la promesse faite quand Dieu a parlé pour la dernière fois.

Le problème ? Zacharie n’attendait plus de voir sa prière exaucée; il avait cessé de l’espérer, il n’était plus habité par l’attente. Et un homme qui n’y croit pas, qui n’y croit plus, qu’a-t-il encore à dire ? Réduit au silence, il ne pourra pas même annoncer à Elisabeth la bonne nouvelle…

… Le silence de «ceux qui n’y croient plus»… la confusion.

Et nous ? Sommes-nous des habitués de la foi, tellement habitués qu’on n’en attend plus rien ? Qu’on prie sans espérance ?… qu’on a plus rien à dire.

2ème bouleversement (Marie) :

Luc 1,26-38 : l’annonce de l’ange à Marie

Ce passage est à lire comme l’envers de celui qui précède.

Avec Marie, Dieu a compris la leçon que lui a donnée Zacharie, on ne le reprendra pas une deuxième fois !

Puisque les coeurs des hommes de Dieu sont fermés à la Parole de Dieu, et bien finis, les hommes justes et pieux qui font des prières sans croire à leur exaucement; finies, les liturgies psalmodiées mécaniquement sans ouverture à l’inattendu de Dieu; fini, le tralala sacerdotal bien réglé de la Judée !

L’ange va donc se rendre directement en Galilée, cette «Galilée des nations» où se mêlent les peuples, les cultures, les religions, – terre païenne méprisée comme impure.

  • Il se rend, non à Jérusalem, la capitale politique et religieuse, mais à Nazareth, une ville insignifiante et impure.
  • Il se rend, non au Temple, mais en ville, qui plus est dans une simple cuisine.
  • et il n’y cherche pas le chef, le religieux, l’homme important : il va vers une jeune fille qui n’est strictement rien, même pas encore mariée.
    Qui, elle, n’aura pas peur; qui, elle, va l’écouter et même le croire sur parole.

A elle, l’ange n’a pas même besoin de dire «sois sans crainte» : elle n’a pas peur. Il lui dira donc simplement : «Sois heureuse, toi qui as reçu la grâce : le Seigneur est avec toi».

C’est bien cette parole que Marie porte dans son coeur : le Seigneur est avec elle. A la joie de donner la vie se mêle la joie de sentir le Seigneur présent dans son existence.

La situation de Marie n’est pourtant pas facile : elle se retrouve enceinte dans son extrême jeunesse, sa vie va être bouleversée par ce qui lui arrive.

Que vont dire les voisins ? les juifs ? sera-t-elle lapidée ? Comment va réagir Joseph son fiancé ?  Mais voici : elle porte en elle la parole de l’ange, elle porte en elle le don de Dieu, et ça bouleverse toute son existence.

 

En elle cohabite un enfant et une parole (comme chez Elisabeth).

On peut être plus précis encore : c’est la parole qu’elles portent au fond du coeur qui leur permet de porter leur enfant au fond du ventre avec une grâce, une joie, incomparables.

Il ne fait guère de doute que la joie de Marie est une joie mêlée, elle aussi.

Les peintres ont tort de la représenter toujours, de même qu’Elisabeth, dans des postures extatiques de saintes : mains jointes, regard au ciel, visage lisse et auréole au-dessus de la tête. Marie et Elizabeth sont des femmes comme toutes les autres : elles courent, elles se démènent toute la journée, elles bousculent leurs (vieux) maris !

Remarques : peintres + évangélistes = hommes (exemple flagrant : «elle accoucha», un seul mot pour des heures de travail… seul un homme peut écrire ça)

Porter un enfant au creux du ventre, sentir au fond de soi la vie bondir, on sait bien que ce n’est pas toujours drôle, qu’il y a des effets secondaires; mais cela demeure l’un des plus grands miracles qu’il soit donné de vivre.

En même temps, leur joie ne serait pas complète si ne venait se mêler à cette joie très humaine de donner bientôt la vie, une joie plus mystérieuse, plus profonde : la joie de porter une parole au fond du coeur. Celle de l’ange qui les a visitées.

Et nous ? Le bouleversement de cette parole divine qui a été greffée en nous provoque-t-il une paix intense, une joie intense ? ou juste une semaine par an une petite couche de Noël idyllique ?

 

3ème bouleversement (Joseph) : Lecture Matt 1 :18-25

Je ne veux pas m’arrêter longuement sur Joseph (déjà fait un message).

Juste relever le contraste avec Zacharie.

Joseph lui, n’a même pas droit à un vrai ange, un truc incontestable, non un simple songe.

Et Joseph applique la Parole reçue, sans discuter, sans la moindre question. Dieu dit, je fais, j’assume.

Conséquence du bouleversement : devoir faire des choix.

Joseph aurait pu choisir en fonction de son intérêt, ou du qu’en dira-t-on. Il a choisi la voie la plus difficile, par souci d’équité et par obéissance. Il a fait le choix de la confiance, en homme juste et aimant. Il est allé jusqu’au bout de ce choix, en s’engageant dans la voie qui lui avait été ordonnée.

Et nous ? Il ne suffit pas de sauver les apparences et de chercher à s’en tirer tout seul. Quels sont les choix qui nous attendent, personnellement, en famille ou en société ? Quels sont les critères qui vont nous guider dans les décisions que nous allons prendre ? En vue de quoi allons-nous choisir ?

La prise en compte de critères de valeurs extérieurs, comme la solidarité, l’équité, le souci des plus exposés (comme Marie) peuvent nous aider à choisir, non en fonction de nos intérêts propres, mais en fonction de ce qui est juste. C’est ça aussi l’ambiance de Noël.

Conclusion :

Zacharie : bouleversement => confusion

Marie et Joseph : bouleversements => joie

Pas le temps de nous arrêter sur ce 3ème couple : Siméon et Anne, encore des vieillards, (qui vont rencontrer Marie et Joseph 40 jours plus tard à l’entrée du temple), encore des justes et pieux, encore des prieurs, mais pas avec les oreilles bouchées ni les yeux fatigués. Mais à nouveau quel contraste avec Zacharie !

Siméon et Anne : bouleversement => joie, satisfaction, accomplissement.

Siméon qui, lui également, était «juste et pieux», le voilà porteur, dans ses propres bras, d’une réalité nouvelle, d’un enfant nouveau : ce qui a été annoncé est bien vrai ! Lui contrairement à Zacharie, croyait encore à l’accomplissement de ses prières, et il attendait chaque jour leur accomplissement. Siméon et Anne aussi bouleversés.

Ce bouleversement de Siméon est aussi celui qui nous est proposé. C’est que : “Dieu s’est fait homme”.

Cela signifie : nous n’avons plus besoin de faire comme si nous étions Dieu.

Dieu nous rejoint dans notre humanité, dans tout ce qu’elle a de précaire, de laide, d’imparfaite.

Nous n’avons plus besoin de faire des efforts surhumains pour être parfaits, pour avoir la plus belle fête de Noël possible, où tout le monde est heureux et vit dans l’amour, l’harmonie et la paix avec les autres.

Nous sommes humains, et nous pouvons l’être, parce que Dieu est devenu homme.

C’est ça, notre grand bouleversement. Et ne croyez pas que c’est si simple.

Renoncer au sentiment qu’on doit – et qu’on peut – tout faire, quand on en a l’habitude, cela ne va pas de soi. C’est un long travail. Mais je crois que

seul ce travail-là pourrait nous permettre d’avoir de belles fêtes : reconnaître nos limites, au lieu de stresser pour les faire disparaître.

Je suis sûre que ça rendrait passablement plus faciles l’harmonie, l’amour et la paix entre nous.

Et la question qui se pose à nous, aujourd’hui, dans les situations que nous vivons, dans les épreuves que nous traversons, c’est de savoir si, comme Marie, nous sommes habités par la joie de porter une parole au fond du coeur.

Sommes-nous habités par la joie des promesses exaucées ?

Sommes-nous habités par la joie de savoir le Seigneur avec nous ?

Aujourd’hui, ce qui menace notre Noël, ce n’est pas le manque de bonne volonté pour donner à cette fête tout le lustre qui lui revient : c’est de ne pas croire à la parole du Dieu avec nous, de ce Dieu qui vient se mêler à nous. Ce qui nous menace, c’est que nos fêtes ne soient pas habitées par la conviction profonde que Dieu vient habiter en nous, comme il a habité dans le ventre de Marie, dans le cœur de Siméon, qu’il vient loger chez nous comme plus tard Jésus logera chez Zachée, qu’il vient manger avec nous comme Jésus mangera avec ses disciples et tous les gens qui l’invitaient.

Pour réussir Noël, nous avons besoin, non pas d’un rajout d’une petite couche de Noël et paillettes sur notre quotidien.

Nous avons besoin d’accepter les bouleversements inhérents à la foi de Dieu fait homme.

Et nous avons besoin de faire les choix qui en découlent.

La joie vraie et durable est à ce prix.

Pour terminer, j’aimerais partager avec vous un poème de Madeleine Jacot Verdeil qui exprime pour moi le bouleversement dont nous avons parlé.

Et qui se termine pourtant sur une petite note idyllique :

 Angoisse et sang de la mère criant l’attente

De l’enfant qui va s’arracher au corps meurtri.

Tunnel de vie ouvrant sur une joie ardente.

Le nom d’un fils nouveau échappe dans un cri.

 

Ainsi la création tout entière soupire,

Attend, gémit et hurle et se tord de douleur

Tandis que, de la chair vive qui se déchire,

Un corps de gloire naît aux yeux du Créateur.

 

Lune, étoiles, soleil et vous, mers en liesse,

Et vous, les fleurs des champs, les passereaux des cieux,

Criez, pour saluer l’enfant de la promesse

Car l’horizon blanchit au matin radieux.

 

Et nous, enfants de chair, de nuit et de lumière,

Fils et filles de Dieu vêtus de noms nouveaux,

Dans l’orchestre acclamant la naissance dernière,

Faisons chanter pour Lui nos flûtes de roseaux !

 

Madeleine Jacot Verdeil

Extrait de “Naissances”

Labor et Fides 2001

Daniel Heintz

Apprends-nous à prier

Arrêt sur ce verset :
 Jésus priait un jour dans un certain endroit. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit: Seigneur, enseigne-nous à prier. 

Jésus priait

Jésus, pleinement Dieu, pleinement homme prie. Cette attitude en elle-même est un enseignement. Il y a deux réflexions qu’on entend régulièrement :

        a – « Jésus est Dieu, lui n’a pas besoin de prier pour connaître la volonté de son Père : il sait tout … »

        b – « Jésus prie, parce que toutes façons il est sûr que son Père l’écoute et lui répond … »

La réalité de la vie de Jésus est là : Jésus priait.

Les Evangiles parlent des 40 jours de jeûnes que Jésus a passés dans le désert, immédiatement après avoir été baptisé par Jean-Baptiste. Ces textes ne mentionnent pas explicitement le fait que Jésus a prié, mais le jeûne est toujours un moment de prière et de recherche de la présence de Dieu. Avant d’entrer dans son ministère, Jésus a donc pris beaucoup de temps pour dialoguer avec son Père et pour se préparer à accomplir jusqu’au bout la mission qui lui avait été confiée.

Dans le premier chapitre de l’Evangile de Marc et alors que Jésus en est au début de son ministère, nous lisons :

Vers le matin, alors qu’il faisait encore très sombre, Jésus se leva et sortit pour aller dans un endroit désert où il pria. 
Marc 1.35

De façon générale, Jésus préférait s’isoler pour prier, il se retirait :

sur les collines ou sur les montagnes … à l’écart 
Matt 14.23, Marc 6.46, Luc 6.12

Ce désir de prier dans l’isolement Jésus en fait un enseignement :

Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ouvertement. 
Matthieu 6.6

Les moments de tête à tête, vécus dans la solitude avec Dieu le Père, étaient une nécessité pour Jésus … ils sont indispensables pour la vie du disciple de Jésus-Christ. Si la foi se nourrit de la Parole de Dieu, elle plonge aussi ses racines dans ces moments d’intimités avec Dieu notre Père et c’est ainsi qu’elle se fortifie, qu’elle se vivifie.

C’est aussi face à différentes circonstances ou moments que Jésus priait :

  • C’est ainsi que nous voyons Jésus prier pour les malades, pour les enfants, nous le voyons prier avant de multiplier les pains et les poissons pour nourrir la foule (Marc 6.41 – Marc 8.7).
  • Jésus prie devant le tombeau de Lazare.
    Père, je te remercie de ce que tu m’as écouté. Pour ma part, je savais que tu m’écoutes toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. 
    Jean 11.41-21

    Après quoi, Jésus ressuscite Lazare, annonçant ainsi sa propre résurrection, affirmant qu’il est bien le Dieu de la résurrection et de la vie.
  • Lors du repas de la Pâque avec ses disciples, avant de faire circuler le pain et le vin parmi ses disciples, Jésus a prié. Et durant les derniers instants d’intimités avec ses disciples, alors qu’il est sur le point d’être arrêté, Jésus prie pour eux d’abord :
    «su_quote] C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi … Père saint, garde-les en ton nom, ce nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous. [/su_quote]Jean 17.9-11

Mais dans cette prière (Jean 17), Jésus prie également pour tous les croyants du monde et de tous les temps :

Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui croiront en moi à travers leur parole, afin que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée afin qu’ils soient un comme nous sommes un …
Jean 17

  • Après ce long moment passé avec ses disciples, sachant que son arrestation et son supplice étaient imminents, dans le jardin des oliviers, Jésus a encore prié :
    Mon Père, si cela est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.
    Matthieu 26.39
     
  • Sur la croix enfin, à l’heure de la mort, Jésus prie une dernière fois
    Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?
    Père Pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.
    Père je remets mon Esprit entre tes mains.

La prière a été une constante tout au long du ministère de Jésus … pour le Christ, la prière, c’est un état de vie : une respiration permanente. Aujourd’hui encore, Jésus prie en particulier pour son Eglise, pour l’ensemble des croyants … il est l’avocat auprès du Père et c’est aussi en son nom que nous adressons nos prières à Dieu, parce qu’il a fait cette promesse :

tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.
Jean 16.23

Jésus priait … Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit: Seigneur, enseigne-nous à prier.
 (v1)

Les disciples ne savaient-ils donc pas prier ? Ne participaient-ils pas à la prière dans les Synagogues ? N’allaient-ils donc jamais au Temple de Jérusalem pour prier avec le peuple d’Israël ? Ignoraient-ils qu’eux aussi pouvaient s’adresser directement à Dieu ?

Certes, aucun des disciples de Jésus ne faisait partie des responsables religieux du peuple d’Israël, mais j’ai tendance à penser que si Jésus a choisi ces 12 hommes pour être ses disciples, c’est parce que c’étaient des hommes de foi qui craignaient Dieu, qui respectaient sa Parole (// les écrits de l’Ancien Testament).

Les disciples n’étaient pas des hommes enfermés dans le système religieux et sclérosé du peuple d’Israël.

Les Evangiles ne parlent pas explicitement de ces choses, mais il suffit « d’écouter » les conversations de Jésus avec ses disciples pour se rendre compte de ces choses. Ces hommes aimaient profondément le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse qui avait délivré et conduit son peuple.

Mais leur question révèle qu’ils avaient un problème avec la prière. Ils connaissaient les prières liturgiques du culte, mais comment peut-on aborder personnellement Dieu ? Comment parler directement avec Lui, sans risque de l’offenser ? Comment prier en étant entendu de Dieu ? Comment recevoir de Dieu la réponse à nos prières ?

C’est le sens de la question qu’ils posent à Jésus : « Seigneur, enseigne-nous à prier ? » Pour eux, pas de doute, c’est dans ces face à face avec Dieu et dans cette communion que Jésus puise la sagesse et la profondeur de son enseignement, ainsi que sa puissance : eux les disciples voulaient imiter leur maître. « Seigneur, enseigne-nous à prier. »

  • Qu’en est-il de votre vie de prière ? Qu’en est-il de votre communion, de votre dialogue personnel avec Dieu ?

Si demain quelqu’un vient vous demander de lui apprendre à prier : que lui direz-vous ? Il serait bon que vous puissiez dire avec l’apôtre Paul :

imite-moi, comme moi-même je suis un imitateur de Jésus-Christ.
1 Cor 11.1

Les prières de Jésus sont exemplaires :

40 jours dans le silence du désert … la prière est silence et méditation, elle est aussi attente de la Parole de Dieu. Quand Satan vient pour tenter le Seigneur, cette parole jaillit avec force et c’est elle qui fait reculer le tentateur :

Retire-toi, Satan! En effet, il est écrit: C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras et c’est lui seul que tu serviras.
Matt 4.10

Quand Jésus s’éloigne de ses disciples pour prier, la prière devient personnelle, moment d’intimité où rien n’est caché au Père qui de toute façon sait toutes choses y compris de ce qui est caché, enfoui en chacun de nous.

Dans le jardin de Gethsémané, Jésus s’est mis à l’écart pour prier, il n’a rien caché de sa souffrance et de ses angoisses face au supplice et à la mort qui lui faisait face. Mais plus encore, il savait qu’il allait être coupé de cet amour parfait qui l’unissait à son Père et tout en lui rejetait cette rupture :

Mon Père, si cela est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.
Matthieu 26.39

Quand Jésus prie pour les malades, pour les enfants et pour les femmes et les hommes qui croisent sa route, sa prière devient intercession, élévation de ces être aimés, pour que Dieu le Père étende sa grâce sur chacun personnellement.

Quand Jésus prie pour nourrir une foule avec seulement 5 pains et 2 poissons, sa prière est expression de la foi, qui voit que ce qui est impossible aux hommes l’est pour Dieu, mais elle aussi prière de louange, car Jésus que le miracle va intervenir et avant même que le miracle arrive, Jésus remercie son Père (Marc 6.41)

A l’heure de la mort, alors qu’il est cloué sur la croix, la prière de Jésus n’est plus qu’un cri de souffrance et de détresse :

Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?

Mais sa prière se tourne encore vers Dieu pour appeler son pardon sur ses bourreaux :

Père Pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.
Enfin, la prière de Jésus est abandon entre les mains de son Père :
Père je remets mon Esprit entre tes mains.
(Matt 27)

« Le Notre Père », cette prière nous invite à tourner les regards vers le Père tout puissant dont la demeure est au ciel. Il est le Souverain-maitre et son nom même est saint. C’est le Seigneur qui doit être au centre de ma prière et non moi.

Ce n’est qu’alors que notre prière se fait demande pour présenter à Dieu nos besoins personnels, à commencer pour avoir le nécessaire pour vivre … et la prière peut alors aller jusqu’à la demande du pardon dont nous avons besoin, à cause de nos péchés. Mais notre prière est aussi faite d’un engagement à l’obéissance :

Pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à toute personne qui nous offense.
(v4)

Notre prière est encore appel à l’aide, parce que nous restons des êtres faibles face à la tentation. Et si on se réfère à la fin de la prière que nous avons dans l’Evangile de Matthieu, notre prière peut enfin se tourner à nouveau vers le Dieu tout-puissant pour lui dire notre louange et notre adoration.

Toutes les prières de Jésus sont exaucées : beaucoup l’ont été directement (si on peut dire) au cours de son ministère.

Mais quand Jésus nous présente ainsi à Dieu :

Je te demande qu’ils soient tous un …

C’est bien pour son Eglise, pour nous ses disciples aujourd’hui que Jésus prie … qui serions-nous pour vouloir aller contre la volonté de notre Seigneur ?

  • L’unité dans l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas une lubie ou un fantasme.
  • L’unité dans chaque église doit être l’objet de tous nos efforts, c’est même le principal témoignage que nous pouvons poser devant les yeux du monde :
    à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres.
    Jean 13.35

Toutes les prières de Jésus sont exaucées, toutes l’ont été et toutes le seront … et en fait elles le sont déjà.

  • « Mais pourquoi Seigneur tes prières sont-elles exaucées, alors que j’ai souvent l’impression que les miennes ne le sont pas ? » « Pourquoi ne réponds-tu pas toujours ou pas toujours comme je l’aurai souhaité, alors que tu as dit :
    tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.
    Jean 16.23

La réponse à ces questions, que nous nous posons à divers moments de notre existence est complexe nous y reviendrons prochainement.

Après ce rapide survol des prières de Jésus encore deux versets laissés à la méditation de chacun :

Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
Jean 4.34
c’est une parole de Jésus à ses disciples.

Et comme un miroir à cette parole, Jacques dit :

Quand vous demandez, vous ne recevez pas parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions.
Jacques 4.3

« Jésus priait … Seigneur, enseignes–nous à prier. » Ce pourrait aussi être notre prière.

Ils demandent un roi

1Samuel Chapitre 8, versets 1 à 22

Lorsque Samuel devint vieux, il nomma ses fils juges d’Israël. 

Le nom de son fils premier-né était Joël ; le nom du second, Abiya ; ils étaient juges à Bersabée.
Les fils de Samuel ne suivirent pas sa voie ; ils avaient un penchant pour le profit, acceptaient des pots-de-vin et portaient atteinte au droit.
Tous les anciens d’Israël se rassemblèrent et vinrent trouver Samuel à Rama.
Ils lui dirent : Toi, tu es vieux, et tes fils ne suivent pas tes voies ; maintenant, donne-nous un roi qui soit notre juge, comme en ont toutes les nations.
Samuel fut mécontent de les entendre dire : « Donne-nous un roi pour qu’il soit notre juge » ; Samuel pria le SEIGNEUR.
Le SEIGNEUR dit à Samuel : Ecoute le peuple en tout ce qu’il te dira ; ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent ; ils ne veulent plus que je sois roi sur eux.
Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Egypte jusqu’à ce jour : ils m’ont abandonné pour servir d’autres dieux.
Maintenant donc, écoute-les ; mais avertis-les et fais-leur connaître les droits du roi qui régnera sur eux.
Samuel dit toutes les paroles du SEIGNEUR au peuple qui lui demandait un roi.
Il dit : Voici les droits du roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils et il les affectera à ses chars et à ses attelages, ils iront devant son char comme gardes du corps ;
il les nommera chefs de mille ou chefs de cinquante, il leur fera labourer ses terres, récolter sa moisson, fabriquer ses armes et l’équipement de ses chars.
Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères.
Il prendra le meilleur de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers et il le donnera aux gens de sa cour.
Il prendra la dîme de vos semailles et de vos vendanges, et il la donnera à ses hauts fonctionnaires et aux gens de sa cour.
Il prendra les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, et vos ânes, et il s’en servira pour ses travaux.
Il prendra la dîme de votre petit bétail. Ainsi vous deviendrez ses esclaves.
Ce jour-là vous crierez contre le roi que vous vous serez choisi, mais ce jour-là le SEIGNEUR ne vous répondra pas !
Le peuple refusa d’écouter Samuel. Tant pis ! dirent-ils ; il y aura un roi sur nous,
et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; notre roi sera notre juge, il conduira nos armées et mènera nos guerres.
Samuel entendit toutes les paroles du peuple et les dit en présence du SEIGNEUR.
Le SEIGNEUR dit à Samuel : Ecoute-les : tu leur donneras un roi. Et Samuel dit aux hommes d’Israël : Allez-vous-en, chacun dans sa ville.
Jésus est venu révéler le Père, le Dieu créateur.

Introduction

C’est la rentrée
Mais pas une rentrée banale : pas de train-train
Que du nouveau !
La situation est nouvelle : nous n’avons plus de pasteur. L’église va-t-elle survivre ?

La demande du roi : bonne ou mauvaise ?

Ce fait capital dans l’histoire d’Israël peut être envisagé de deux façons :

  • Cela devait être, Dieu l’avait annoncé dans :
    Gn 17,15
    Dieu dit encore à Abraham : Quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï : son nom sera Sara. 16 Je la bénirai : d’elle aussi je te donnerai un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; les rois de plusieurs peuples sortiront d’elle.
    Gn 35,11
    Dieu lui dit : Je suis le Dieu–Puissant. Sois fécond et multiplie–toi ; une nation et une assemblée de nations seront issues de toi, et des rois sortiront de tes reins.
    Un jour ou l’autre, Dieu devait accomplir cela.
  • Mais cela ne devait pas se passer comme cela : au lieu d’être l’accomplissement de la volonté deDieu, l’évènement a été le produit de la volonté du peuple, qui agissant avec ingratitude envers Samuel, avec défiance envers Dieu lui-même a mis sa confiance dans la personne d’un souverainvisible. Cette confiance était charnelle et superstitieuse, comme ils l’avaient fait avant dans un objet matériel, l’arche d’alliance.

La royauté humaine, au-lieu de naître comme un don divin, fut un supplément dans l’esprit du peuple qui la demanda, un supplément à l’insuffisance prétendue du gouvernement divin.

Pourquoi cette demande ?

Samuel est vieux et devient insuffisant à la tâche de juger ce peuple nombreux. Il a établi ses fils à Beerséba (c.a.d. très loin, à l’extrême sud d’Israël, certainement où il ne pouvait plus se rendre lui-même).

Mais ça se passe mal : le peuple n’est pas d’accord.

C’est donc une situation de blocage apparent : plus de Samuel, et pas de successeur de la même trempe, de la même politique.

Ils demandent un roi !

Samuel est affligé, mais Dieu le console en lui révélant la vraie nature de la demande apparemment légitime : Dieu, lui, n’est pas vieux ni fatigué. Mais au lieu de lui faire confiance (lui qui ne se voit
pas), ils demandent un roi VISIBLE pour les juger = administration civile et militaire.

La gouvernance de Dieu qui suscitait au moment qu’il voulait les libérateurs (les juges), le peuple n’en veut plus. Le peuple est las de se trouver livré au « caprice divin ».

Il veut un pouvoir permanent, et propre à le défendre en tout temps.

Dieu dit : en réalité, c’est à moi que s’adresse cet affront ! Ils continuent la conduite qu’ils ont eu depuis Moïse. Ils veulent un roi comme les nations en ont, et ils l’auront tel que les ont celles-ci.
La description despotique (qui est toujours de mise aujourd’hui !!!) de ces rois devient celle des rois d’Israël par la suite…

1 Samuel _ V.8

Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Egypte jusqu’à ce jour : ils m’ont abandonné pour servir d’autres dieux.

Autrement dit, ce n’est pas de ta faute Samuel ! C’est eux qui sont dans leur tort.

La description qui suit est édifiante.

La conclusion de l’épisode

19 Le peuple refusa d’écouter Samuel. Tant pis ! dirent–ils ; il y aura un roi sur nous,
20 et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; notre roi sera notre juge, il conduira nos armées et mènera nos guerres.
21 Samuel entendit toutes les paroles du peuple et les dit en présence du SEIGNEUR.
22 Le SEIGNEUR dit à Samuel : Ecoute–les : tu leur donneras un roi. Et Samuel dit aux hommes d’Israël : Allez–vous–en, chacun dans sa ville.
Conclusion

Jour de rentrée… sans pasteur.

Certains tremblent : comment l’église va-t-elle survivre ?
Nous voulons un pasteur, comme les autres en ont, ou un curé, ou un pope… que sais-je ?
Mais nous avons un pasteur : Jésus-Christ lui-même !

Osée 13,10

Où donc est ton roi ? Qu’il te sauve dans toutes tes villes ! Où sont tes juges, au sujet desquels tu disais : Donne–moi un roi et des princes ! 11 Je t’ai donné un roi dans ma colère, je te
l’ôterai dans ma fureur.

Nous voyons que tout ce qui touche à la royauté, c.a.d. à ce qui prend la place de Dieu dans notre vie est très sensible et provoque la colère du Seigneur.

Pourquoi mettre sa confiance dans un homme ? Ce n’est qu’un homme.

Moi, je mets et je mettrai ma confiance dans le Seigneur et Lui seul. Sa parole me guide et me suffit.

Je garde donc le programme de Joseph la semaine dernière : Soli Deo Gloria

N’avoir d’autre maître que Dieu, se reconnaître comme frères et sœurs, et se faire  serviteur. Quel est le but ultime de ces trois principes sinon de glorifier Dieu seul ?

• N’avoir d’autre maître que Dieu, c’est lui réserver l’obéissance, lui reconnaître son autorité absolue et bienveillante.
• Se reconnaître comme frères et sœurs, c’est glorifier dans nos relations le Père céleste qui nous unit.
• Se faire serviteur, c’est agir à l’image de Jésus-Christ, qui s’est fait serviteur jusqu’à donner sa vie pour nous.

Alors vivons-le ! Et la partition de nos vies portera bien cette mention :
Soli Deo gloria… A Dieu seul soit la gloire !

Soli Deo gloria

àJésus est venu révéler le Père, le Dieu créateur.

Et au milieu de son peuple, il fit vite le constat de la manière dont vivait son peuple, le peuple de la révélation à qui Dieu avait confié la Loi au travers de Moïse.

Il s’en prend aux responsables religieux qui, eux, s’étaient permis de modifier certaines lois pour les mettre à leur convenance.

Mais Jésus dénonçait plutôt leur hypocrisie parce qu’il obligeaient le peuple à les mettre en pratique et eux, ne les appliquaient pas.

La Parole de Dieu est autorité.

Colossien ch1v.15,16 nous le rappelle bien.

Le fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. En effet, c’est en Lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre; le visible et l’invisibles, trônes, souverainetés, dénominations, autorités. Tout a été créé par Lui et pour Lui.

Si on touche à la Parole de Dieu, on touche à l’autorité de Dieu.

Personne ne peut s’accaparer l’autorité de Dieu!

La classe dirigeante d’Israël, les responsables religieux, eux, se permettaient celà. Jésus a toujours été confronté à eux à cause de ce problème.

Le chapitre 23 de Matthieu nous le montre bien. : par les premiers versets, Jésus s’adresse au peuple, puis il s’en prend aux responsables religieux :

Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites…

Et les paroles de Jésus sont à la hauteur de leur hypocrisie.

Lisons, maintenant les premiers versets du chapitre 23 de Matthieu.

Matthieu 23.1-12
Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : « Les maîtres de la loi et les Pharisiens sont chargés d’expliquer la loi de Moïse. Donc, vous devez leur obéir et vous devez faire tout ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas comme eux. En effet, ils ne font pas ce qu’ils disent. Ils rassemblent des charges très lourdes et ils les mettent sur les épaules des gens. Mais eux, ils refusent d’y toucher, même avec un seul doigt ! Toutes leurs actions, ils les font pour que les gens les regardent. Ainsi, ils agrandissent leurs phylactères. Ils allongent aussi les franges de leurs vêtements. Ils choisissent les premières places dans les grands repas et les premiers sièges dans les maisons de prière. Ils aiment qu’on les salue sur les places de la ville et que les gens les appellent « Rabbi ». Mais vous, ne vous faites pas appeler « Rabbi ». En effet, vous avez un seul enseignant et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur la terre « Père » . En effet, vous avez un seul Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas non plus appeler « Maître ». En effet, vous avez un seul maître, le Christ. Le plus important parmi vous doit se mettre à votre service. Celui qui veut être au-dessus des autres recevra la dernière place. Et celui qui prend la dernière place sera mis au-dessus des autres. »
(…)

Le grand compositeur allemand Jean-Sébastien Bach signait ses partitions avec les trois lettres SDG, et parfois avec l’expression latine en entier : Soli Deo Gloria. A Dieu seul la gloire.

A Dieu seul la gloire.

A travers ses exhortations, c’est un peu cette même signature que Jésus aimerait que nous fassions figurer sur la partition de nos vies : A Dieu seul la gloire !

Contrairement aux chefs religieux que Jésus critique ici…

Dans les versets qui nous intéressent, Jésus parle bien des chefs religieux mais ce n’est pas tellement à eux qu’il s’adresse. Il le fera à la suite de ces versets, dans une longue diatribe contre les maîtres de la loi et les pharisiens en leur disant à plusieurs reprises : « malheur à vous ! ».

Ici, c’est à la foule et à ses disciples qu’il parle. Ce qu’il dit concerne donc tout le monde…

Et il prend les chefs religieux comme des contre-exemples à ne pas suivre. En un mot : « Faites ce qu’ils disent mais ne faites pas ce qu’ils font ! »

Au verset 8 :

Ne vous faites pas appeler “Rabbi”. En effet, vous avez un seul enseignant et vous êtes tous frères.
« Rabbi » est un mot araméen et c’est le titre qu’on donnait à ceux qui enseignaient, à un maître avec ses disciples. C’est un titre qu’on donne souvent à Jésus dans les évangiles.

Au verset 10 :

Ne vous faites pas non plus appeler « Maître ». En effet, vous avez un seul maître, le Christ.

Ici c’est bien un terme grec qui est utilisé et désigne un conducteur, un guide.

On pourrait donc, dans les deux cas, parler d’un maître, à la fois dans le sens d’enseignant et de conducteur spirituel. Et Jésus dit : attention, seul Dieu doit être votre maître.

Entre ces deux exhortations, il y a celle du verset 9, qui propose la perspective inverse,  non pas celle de ceux qui veulent se faire appeler « maître » mais de ceux qui veulent se trouver des maîtres ou des « Pères » :

N’appelez personne sur la terre « Père. En effet, vous avez un seul Père, celui qui est dans les cieux.

Et puisque nous sommes tous frères, Jésus propose alors une autre voie, celle du service  mutuel :

«Le plus important parmi vous doit se mettre à votre service. Celui qui veut être au-dessus des autres recevra la dernière place. Et celui qui prend la dernière place sera mis au-dessus des autres.
(v.11-12)

De ces exhortations on peut faire ressortir trois principes complémentaires :

• N’avoir d’autre maître que Dieu
• Se reconnaître comme frères
• Se faire serviteur

Trois principes pour donner à Dieu seul la gloire…

N’avoir d’autre maître que Dieu

C’est le sens premier de cette triple exhortation. Ni se faire appeler maître ni appeler quelqu’un maître ici-bas.

Ce n’est pas « Ni Dieu ni maître », c’est « Dieu seul maître ».

En réalité, cela rappelle une des grandes affirmations des Réformateurs du XVIe siècle : le  sacerdoce universel des croyant. Autrement dit : nous sommes tous prêtres ! Il ne peut y avoir d’intermédiaire entre le croyant et Dieu, si ce n’est Jésus-Christ seul.

Pas des clercs d’un côté et des laïcs de l’autre mais tous des prêtres… tous des frères.

Le problème c’est qu’il y a, dans l’Eglise comme dans toute institution ou toute communauté humaine, des fonctions et des responsabilités différentes qui peuvent mettre certains plus que d’autres en position d’autorité. Une position dangereuse ou la tentation de « se faire appeler » maître, guide, père… est là.

Lorsque Jésus fait cette mise en garde, il ne dit pas que personne ne doit être responsable ou enseignant. Il met en lumière le danger de se faire appeler « maître ».

Le danger de la recherche du prestige d’être chef, directeur, président, responsable, pasteur… au risque d’éclipser l’autorité de Dieu.

Nul homme ne doit, d’une façon ou d’une autre, prendre la place de Dieu. Dans l’Eglise en particulier, les responsables, quels qu’ils soient, doivent s’effacer derrière Celui qui les a appelé.

Mais Jésus dit aussi qu’il y a un autre danger. Il est pour ceux qui se cherchent des pères, des maîtres ici-bas.

Il souligne alors le danger de mettre sa foi dans un homme ou une femme, même au service de Dieu, plutôt qu’en Dieu.

Le danger existe, de s’attacher plus à un pasteur, un prédicateur, un enseignant qu’à Dieu.

Et lorsque ce pasteur ou ce prédicateur s’en va, la foi vacille…

N’avoir d’autre maître que Dieu est un principe garant d’un service humble qui s’efface devant Dieu et d’une foi solide, ancrée en Dieu et non en l’homme.

Se reconnaître comme frères

L’affirmation de Jésus, « Vous êtes tous frères », est liée à la fois l’exhortation qui précède (vous avez tous un seul maître) et celle qui suit (vous avez un seul Père, qui est dans les cieux).

Deux exhortations qui colorent différemment l’expression.

Si nous sommes frères parce qu’il y a un seul maître, alors nous sommes tous à égalité devant Dieu. Il n’y a pas des pères ou des mères et des frères ou des sœurs. Il n’y a que des frères et des sœurs.

Nul ne peut se placer au-dessus de son frère, que ce soit à cause de son expérience, de sa connaissance ou même de son appel !

Nous sommes frères et sœurs parce que nous sommes tous  disciples !

Si nous sommes frères et sœurs parce que nous avons un seul et même Père, qui est dans les cieux, alors nous sommes liés les uns aux autres, indépendamment de nos amitiés, nos « atomes crochus » ou non.

Nous avons le même Père céleste : c’est Lui qui me dit qui est mon frère ou ma sœur, ce n’est pas moi qui décide…

Il est fondamental dans l’Eglise de se reconnaître comme frères et sœurs. Et il est fondamental de comprendre que ce qui fait de mon frère mon frère, c’est sa relation avec son Père céleste qui est aussi mon Père céleste.

Ce n’est pas sa forme de piété, ou son appartenance à telle ou telle Eglise, ni même sa théologie . Et cela, je ne peux m’en rendre compte que si je vais à la rencontre des autres différents de moi, si je suis ouvert au dialogue et si je ne m’enferme pas dans mes a priori ou mes dogmatismes.

Se reconnaître comme frères, au-delà de nos différences, c’est glorifier notre Père commun, par le Christ qui nous unit !

Se faire serviteur

Vous êtes tous frères, vous avez un seul et même Père, un seul et même maître. Dès lors, en tant que frères et sœurs, c’est au service mutuel que vous êtes appelés.

Dans le Nouveau Testament, le service est l’expression concrète de l’amour fraternel.

Le modèle du croyant, ce n’est pas le maître, c’est le serviteur. Tous les responsables, quels qu’ils soient, doivent s’en souvenir.

Le « ministère » c’est le service, le « ministre » c’est le serviteur.

Notre Maître lui-même, Jésus-Christ, n’a-t-il pas montré le chemin en se faisant serviteur ?

C’est toute la dynamique de l’incarnation : le Fils de Dieu qui quitte le ciel pour humblement venir sur terre, prenant la forme d’un serviteur.

C’est tout le chemin du Calvaire, où le Christ a choisi de se mettre au service de nous, pécheurs, en acceptant l’humiliation jusqu’à la mort sur la croix, pour nous.

Sa mort est son service ultime…

C’est pourquoi, Jésus dans ses paroles va au-delà de l’exhortation à ne pas appeler ni se faire appeler maître ici-bas, au-delà du fait d’être frères, égaux les uns envers les autres.

Il s’agit d’aller plus loin et de se faire serviteur. Devant Dieu, nous sommes tous frères et sœurs. Devant notre frère ou notre sœur, nous sommes appelés à être des serviteurs.

Jésus le fait avec une formule qui exprime le renversement typique de l’Evangile :

Celui qui veut être au-dessus des autres recevra la dernière place. Et celui qui prend la dernière place sera mis au-dessus des autres.(v.12).

Ici encore, nous avons à l’esprit l’exemple donné par le Christ. Car lui qui s’est humilié en tant que serviteur, jusqu’à la mort sur la croix, il est aussi ressuscité, élevé à la droite du Père.

Comme l’apôtre Paul le dit dans son hymne de Philippiens 2.9-11 :

C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père.
Conclusion

N’avoir d’autre maître que Dieu, se reconnaître comme frères et sœurs, et se faire  serviteur. Quel est le but ultime de ces trois principes sinon de glorifier Dieu seul ?

• N’avoir d’autre maître que Dieu, c’est lui réserver l’obéissance, lui reconnaître son autorité absolue et bienveillante.
• Se reconnaître comme frères et sœurs, c’est glorifier dans nos relations le Père céleste qui nous unit.
• Se faire serviteur, c’est agir à l’image de Jésus-Christ, qui s’est fait serviteur jusqu’à donner sa vie pour nous.

Alors vivons-le ! Et la partition de nos vies portera bien cette mention :
Soli Deo gloria… A Dieu seul soit la gloire !

D’après un texte de Vincent Mieville